Triangle folklorien : Peter
Sommaire
⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes
Introduction
Troisième volet de la série triangle amoureux de folklore : après le trio initial et l’inclusion de The 1, ce billet se penche sur Peter, extraite de The Tortured Poets Department. Certains auditeurs y ont vu un lien direct avec le triangle James/Betty/Augustine ; ce n’est pas la lecture retenue ici, mais l’exercice mérite d’être mené jusqu’au bout.
Presse
Peter, sur The Tortured Poets Department, a été largement interprétée comme une référence au syndrome de Peter Pan appliqué à une relation amoureuse adulte, l’éternel enfant qui refuse de grandir et de s’engager. Le rapprochement avec le triangle amoureux de folklore, suggéré par plusieurs auditeurs du podcast, invite à relire la chanson sous un angle plus ancien.
Analyse
Peter, un point de vue difficile à situer
Forgive me, Peter, my lost fearless leader
Pardonne-moi, Peter, mon leader intrépide perdu.
Ce vers, d’emblée, sonne peu comme James.
In closets like cedar, preserved from when we were just kids
Dans des placards en cèdre, préservés de quand on était enfants.
Celui-ci, en revanche, pourrait coller à James.
Is it something I did?
Est-ce quelque chose que j’ai fait ?
Betty pourrait se poser cette question, des années plus tard, quant à ce qu’elle aurait pu faire pour que James la trompe.
The goddess of timing once found us beguiling / She said she was trying, Peter, was she lying? My ribs / Get the feeling she did
La déesse du timing nous trouvait autrefois charmants / Elle disait qu’elle essayait, Peter, mentait-elle ? Mes côtes / Ont l’impression que oui.
Ici, ça coince : dans le triangle, James et Betty ont fini par se remettre ensemble. Serait-ce plutôt le point de vue d’Augustine ?
And I didn’t wanna come down / I thought it was just goodbye for now
Et je ne voulais pas redescendre / Je pensais que ce n’était qu’un au revoir temporaire.
Encore une fois, ce pourrait être Augustine qui parle.
You said you were gonna grow up, then you were gonna come find me
Tu as dit que tu allais grandir, puis que tu viendrais me retrouver.
Mais non : si c’était Augustine, elle ne dirait pas qu’il lui a annoncé ne pas être prêt pour une relation sérieuse et vouloir revenir plus tard, puisque, dans le triangle initial, James était bel et bien prêt pour une relation sérieuse, avec Betty.
Are you still a mind-reader, a natural scene-stealer? / I’ve heard great things, Peter, but life was always easier on you / Than it was on me
Es-tu toujours un liseur de pensées, un voleur de scène naturel ? / J’ai entendu de belles choses, Peter, mais la vie a toujours été plus facile pour toi / Que pour moi.
Cette lecture-là fonctionne mieux du point de vue d’Augustine : la vie est plus facile pour James, qui retrouve Betty, que pour elle, perçue comme la « mauvaise » du triangle pour l’avoir trompée.
And I won’t confess that I waited, but I let the lamp burn / As the men masqueraded, I hoped you’d return
Je n’avouerai pas avoir attendu, mais j’ai laissé la lampe brûler / Pendant que les hommes se masquaient, j’espérais ton retour.
En admettant qu’il s’agisse de James et Betty, cela suggérerait que James a mis très longtemps à revenir, alors que dans Betty, il est encore adolescent lorsqu’il retourne vers elle.
And you said you’d come and get me, but you were 25
Et tu as dit que tu viendrais me chercher, mais tu avais vingt-cinq ans.
Ici, ça coince à nouveau : dans Betty, James n’a que dix-sept ans, « I’m only seventeen, I don’t know anything, but I know I miss you ».
Pour ce point de vue, on peut plutôt imaginer un monde parallèle dans lequel James ne serait jamais revenu vers Betty, ni vers l’une, ni vers l’autre. Si le triangle amoureux est né d’une histoire vraie, Peter en serait alors la version fictionnelle : l’écriture de ce qu’aurait pu être le point de vue du garçon qui, cette fois, ne revient pas.
Conclusion
Peter résiste à une lecture cohérente dans le cadre du triangle folklorien : certains vers évoquent James, d’autres Augustine, mais aucune perspective unique ne tient sur l’ensemble de la chanson. L’âge (vingt-cinq ans contre dix-sept), la temporalité (un retour qui ne vient jamais) et le contexte (une relation d’adultes, pas un flirt adolescent) s’accordent mal avec la mécanique du trio original.
Peter fonctionne mieux comme un possible « et si » fictionnel, la version où le garçon ne revient pas, que comme une pièce manquante du puzzle. Le volet suivant de cette série se penche sur un autre prétendant, plus disputé encore : Illicit Affairs.
Traduction
Pardonne-moi, Peter, mon leader intrépide perdu
Dans des placards en cèdre, préservés de quand on était enfants
Est-ce quelque chose que j’ai fait ?
La déesse du timing nous trouvait autrefois charmants
Elle disait qu’elle essayait, Peter, mentait-elle ? Mes côtes
Ont l’impression que oui
Tu as dit que tu allais grandir, puis que tu viendrais me retrouver
Des paroles sorties de la bouche d’enfants, des promesses profondes comme des océans
Mais jamais tenues
Es-tu toujours un liseur de pensées, un voleur de scène naturel ?
J’ai entendu de belles choses, Peter, mais la vie a toujours été plus facile pour toi
Que pour moi
Et tu as dit que tu viendrais me chercher, mais tu avais vingt-cinq ans
Et la durée de vie de ces fantasmes a expiré
Sources et ressources
- Suggestion de rapprochement proposée par des auditeurs du podcast en commentaire
- Roman Normal People de Sally Rooney, pour l’ambiance de « timing » qui traverse Peter
Découvrez aussi
Poursuivez la série avec le volet précédent, Triangle folklorien : the 1, ou le suivant, Triangle folklorien : Illicit affairs. Retrouvez aussi toutes les analyses de folklore.
