Tim McGraw

Analyse : Tim McGraw, Taylor Swift, 20 ans après

Sommaire

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Introduction

Le 19 juin marquait les 20 ans de Tim McGraw, premier single de Taylor Swift. Il est connu que Taylor a écrit la chanson en classe de maths, sans penser qu’elle deviendrait un single, mais Scott Borchetta y a tout de suite cru, lui conseillant même de la renommer « TM » pour intriguer. Un clin d’œil possible à Father Figure : « I showed you all the tricks of the trade / All I asked for is your loyalty, my dear protégé », tous les trucs du métier, y compris comment choisir et renommer un single pour marquer les esprits.

Fun fact : Taylor a plus tard collaboré avec Tim McGraw sur une chanson appelée Highway Don’t Care, et comme pour Sabrina Carpenter sur The Life of a Showgirl, elle n’a pas contribué à l’écriture, seulement prêté sa voix et son nom. Elle a aussi interprété Tim McGraw avec lui et Faith Hill durant le Reputation Stadium Tour à Nashville.

La chanson a été produite par Nathan Chapman, aucun lien de parenté avec Tracy Chapman, vérifié, et écrite avec Liz Rose, sa toute première collaboratrice d’écriture. Taylor en avait dit : « Cette chanson compte énormément pour moi, c’est pourquoi nous voulions qu’elle soit le premier titre de l’album. L’idée m’est venue en cours de maths. Je me suis mise à fredonner « When you think Tim McGraw ». Le concept m’est apparu parce que je sortais avec un garçon qui allait déménager et que notre histoire allait se terminer. Après les cours, je suis allée en ville, je me suis installée au piano et j’ai écrit cette chanson avec Liz Rose en quinze minutes. Ce sont peut-être les quinze meilleures minutes de ma vie. La chanson aborde le pouvoir envoûtant de la musique et la façon dont le fait d’entendre une chanson des années après sa première popularité peut avoir un tel attrait émotionnel. »

Presse

countryuniverse.net écrivait le 17 décembre 2006, dans l’une des seules critiques retrouvées dans les archives web de l’époque : « 2006 n’a pas été une année aussi faste pour le genre que 2005, mais de nombreux bons singles ont tout de même été envoyés aux radios et aux magasins. Certains ont cartonné, d’autres non, mais ils ont tous tourné en boucle sur mon iPod. Le premier single de Swift a fait parler de lui dès ses débuts en raison de son titre évocateur, mais il s’agit d’un récit lucide du premier amour, heureusement dépourvu de regrets quant à la perte de l’innocence. »

Dans le classement Billboard Hot 100, le single a fait ses débuts à la 86e place le 26 septembre 2006, a culminé à la 40e place le 13 janvier 2007, et y est resté 20 semaines, soit quatre mois et demi dans le top 100 pour une artiste de 16 ans, une entrée fracassante dans l’industrie de la musique.

Analyse

He said the way my blue eyes shined
Put those Georgia stars to shame that night
I said, « That’s a lie »

Il a dit que la manière dont brillaient mes yeux faisait rougir les étoiles de la Géorgie ce soir-là, j’ai dit : « c’est un mensonge »

Une ligne un peu cheesy, mais c’est exactement ce qui faisait rêver la Taylor adolescente de l’époque. « To put something to shame » signifie surpasser une chose au point de la faire paraître inférieure en comparaison : la façon dont brillaient ses yeux ce soir-là surpassait celle des étoiles. Une phrase de romcom, mais sincère, et qui marque déjà l’incapacité du narrateur à remarquer des détails plus intimes, plus personnels. Plus poétique, en tout cas, qu’un compliment plus direct.

Just a boy in a Chevy truck
That had a tendency of gettin’ stuck
On backroads at night

Juste un garçon dans son pick-up, qui avait tendance à se retrouver coincé sur les routes de campagne, la nuit

Pourquoi « a Chevy truck » plutôt que « pickup truck » ? Le pick-up est un symbole de virilité aux États-Unis, particulièrement dans le Sud, et un archétype de l’american way of life né avec le Ford Model TT de 1917. Mais au-delà du symbole, ce couplet nous dit surtout qu’il n’est qu’un garçon comme tant d’autres, qui a tendance à rester coincé sur les routes de campagne le soir, le fameux « show, don’t tell » de Taylor dès ses débuts : elle ne dit pas qu’il avait mauvaise réputation, elle laisse deviner. La version démo disait « a funny way of gettin’ stuck » plutôt que « a tendency », un choix plus doux à l’oreille dans la version finale. Ce qu’on retient de ce couplet : une fille, Taylor, et un garçon qu’on suppose être Tim McGraw.

And I was right there beside him all summer long
And then the time we woke up to find that summer gone

Et j’étais juste là, à ses côtés, tout l’été, et puis le moment où on s’est réveillés en réalisant que l’été était passé

Ce couplet donne une vibe étrangement proche du triangle James/Augustine dans August : « slipped away into a moment in time ». En littérature, l’été symbolise fréquemment la jeunesse et l’innocence, un temps propice aux nouveautés, mais aussi des amours de courte durée, intenses et vouées à s’estomper, comme dans Summer Lovin’ de Grease. On a passé tout l’été ensemble, et c’est passé trop vite : on s’est réveillés en pensant avoir encore du temps, mais l’été était fini.

But when you think Tim McGraw
I hope you think my favorite song
The one we danced to all night long
The moon like a spotlight on the lake

Mais quand tu penses Tim McGraw, j’espère que tu penses à ma chanson préférée, celle sur laquelle nous avions dansé toute la nuit, la lune tel un projecteur sur le lac

On reconnaît déjà l’écriture de Taylor à 16 ans : le fameux « show, don’t tell », plutôt que de dire que la nuit était magique, elle peint chaque détail qui la rend magique. Fait notable : pour quelqu’un avec qui elle a eu une relation tout l’été, elle le nomme par son nom et son prénom complets, à l’inverse du James et Betty du triangle folklorien, dont on ignore même le nom de famille tant leur proximité est grande. En creusant, on découvre que la chanson préférée de Tim McGraw qu’elle évoque ici serait Can’t Tell Me Nothin’, dont le thème, se tromper soi-même malgré les mises en garde, a une résonance particulière pour l’ado qui n’écoutait déjà que sa propre voie.

When you think happiness
I hope you think that little black dress
Think of my head on your chest
And my old faded blue jeans

Quand tu penses au bonheur, j’espère que tu penses à cette petite robe noire, que tu penses à ma tête posée sur ton torse, et à mes vieux jeans délavés

Des éléments spécifiques de leur relation, cette fois plus larges qu’une seule soirée : une robe noire, une tête posée sur un torse, ce sentiment merveilleux de s’ennuyer à deux. Le jean délavé démontre peut-être ce moment tranquille, très campagne américaine, à l’opposé de la Taylor plus tardive qui chantera aimer tout ce qui est états-unien depuis qu’elle est amoureuse d’un garçon de Londres (London Boy). Deux eras différentes, une country, une pop. Mais ici, on est aux débuts de Taylor, quand son rêve était qu’un cowboy tombe amoureux d’elle. La version démo proposait une variante légèrement différente et plus comparative, « the one you said you liked best, next to my old faded pair of jeans », que Taylor a préféré nuancer dans la version finale, pour ne pas hiérarchiser les souvenirs entre eux.

When you think Tim McGraw
I hope you think of me

Quand tu penses Tim McGraw, j’espère que tu penses à moi

La chute du premier refrain, comme pour résumer tout ce qui précède.

September saw a month of tears
And thankin’ God that you weren’t here
To see me like that

Le mois de septembre m’a baignée dans les larmes, et Dieu merci, tu n’étais pas là pour témoigner de mon état

La fin de l’été marque le départ vers autre chose, l’université pour lui, un quotidien morne pour elle. Il ne lui reste que les regrets d’une relation qui appartient désormais au passé. Septembre, à cheval entre l’été et l’automne, marque en poésie le début de la décadence plutôt que celui d’un renouveau : des jours qui raccourcissent, une saison de brouillard qui débute. La poétesse américaine Linda Pastan l’écrit ainsi dans September : « Their summer romance over, the lovers still cling to each other, the way the green leaves cling to their trees in the strange heat of september, as if this time, there will be no autumn », comme les feuilles qui s’accrochent à l’arbre avant l’automne inévitable, sachant que leur rupture approche.

But in a box beneath my bed
Is a letter that you never read
From three summers back

Mais dans une boîte sous mon lit se trouve une lettre que tu n’as jamais lue, datant de trois étés en arrière

Une question reste en suspens : est-ce que cette lettre, écrite trois étés plus tôt, appartient à la même relation qu’elle raconte depuis le début, auquel cas la relation l’aurait particulièrement marquée, ou évoque-t-elle une histoire plus ancienne encore ? On garde dans ce second couplet l’adressage direct au « tu ». Et l’écho au triangle amoureux de folklore est frappant : un amour d’été court mais intense qui marque au point d’y repenser des années plus tard, exactement comme la théorie du « triangle qui se répète » vingt ans après entre The 1, Illicit Affairs et This Is Me Trying.

It’s hard not to find it all a little bittersweet
And lookin’ back on all of that, it’s nice to believe

C’est dur de ne pas trouver tout cela un peu doux-amer, et à regarder en arrière sur tout ça, c’est beau de croire

Croire quoi ? Le refrain qui suit vient répondre à cette question. « Bittersweet », c’est un plaisir excitant teinté de peine, un mélange de joie et de tristesse : un regard vers l’arrière fait ressurgir les bons moments, mais aussi inévitablement la fin de la relation. On retrouve ici l’idée du « if one thing had been different, would everything be different », la même question que se pose, bien plus tard, la narratrice du triangle folklorien.

When you think Tim McGraw
I hope you think my favorite song
The one we danced to all night long
The moon like a spotlight on the lake
When you think happiness
I hope you think that little black dress
Think of my head on your chest
And my old faded blue jeans
When you think Tim McGraw
I hope you think of me

Le refrain est repris à l’identique, l’espoir que lui aussi, trois ans plus tard, pense encore à eux, et ressente cette même petite amertume en imaginant un dénouement différent à leur histoire. Les mots sont les mêmes, mais ressentis différemment : on sait désormais que la réminiscence a lieu trois ans plus tard, et non deux semaines après la rupture.

And I’m back for the first time since then
I’m standin’ on your street
And there’s a letter left on your doorstep
And the first thing that you’ll read

Et je suis de retour pour la première fois depuis ce moment-là, je me tiens debout dans ta rue, et il y a une lettre laissée sur ton palier, et la première chose que tu liras

C’est elle qui est partie aussi ; la mélancolie de la rupture l’a suivie tout au long de septembre, l’empêchant de profiter de la nouveauté du campus universitaire. Taylor avait écrit cette chanson en « freshmen year » (l’équivalent de la seconde), alors que le garçon en question était en dernière année et partait à l’université, d’où la séparation. Elle est dans sa rue, devant chez lui, pour la première fois depuis leur rupture ; elle pourrait toquer et raviver la flamme, mais choisit de laisser la lettre comme un dernier au revoir.

La version démo racontait différemment : « Been back a couple times since then / And I didn’t look you up / But some trains you can’t catch again / You gotta leave it as it was », il y a certains trains qu’on ne peut pas rattraper, il faut les laisser filer. Un écho direct à Cardigan : « I knew you’d stepped on the last train », James qui va supplier Betty de le reprendre alors que le tout dernier moment sonne presque. On imagine que cette idée, notée quelque part par Taylor bien avant, lui est revenue en écrivant Cardigan des années plus tard.

Is, « When you think Tim McGraw
I hope you think my favorite song
Someday you’ll turn your radio on
I hope it takes you back to that place »

Est : « quand tu penses Tim McGraw, j’espère que tu penses à ma chanson préférée, un jour tu allumeras la radio et j’espère que ça te ramènera à cet endroit »

Voici ce que dit la lettre : j’espère que tu penses à ma chanson préférée, et qu’en allumant la radio, ça te rappelle cette nuit magique dansée sous la lune, sur le lac. Ambiguïté volontaire : ça peut référencer la chanson préférée de Tim McGraw qu’ils écoutaient ensemble, ou la propre chanson de Taylor, celle-là même, qui, à l’écho de sa voix, le ramènerait aux instants magiques de leur relation.

When you think happiness
I hope you think that little black dress
Think of my head on your chest
And my old faded blue jeans
When you think Tim McGraw
I hope you think of me

Le dernier refrain, légèrement retravaillé, referme la boucle avec toute sa simple complexité.

Oh, think of me, mmm
He said the way my blue eyes shined
Put those Georgia stars to shame that night
I said, « That’s a lie »

Oh, pense à moi, mmm, il a dit que la manière dont mes yeux bleus brillaient ce soir-là faisait pâlir les étoiles, j’ai dit : c’est un mensonge

Elle conclut par un retour à l’intro : d’abord la première personne, « j’espère que tu penses à moi », puis un retour à la troisième personne pour reparler de lui, exactement comme à l’ouverture.

Conclusion

Ce qui frappe dans Tim McGraw, c’est que malgré le vocabulaire de « bad boy » évoqué au premier couplet, l’enjeu n’est finalement pas centré sur le garçon, mais sur la capacité de la narratrice à passer à autre chose. Il y a une réminiscence joyeuse de leur relation, teintée du regret de ce qui n’a pas été, pour finir sur une page qui se tourne, apaisée, avec une maturité remarquable pour une jeune fille de 16 ans.

Le glissement du « il » au « tu » puis à nouveau au « il » n’est pas un hasard : le « il » distancie l’histoire, la narre au passé ; le « tu » du pré-refrain et du refrain rend soudain tout plus intime, on est avec elle dans l’instant ; et le retour au « il » dans l’outro signifie que la boucle est bouclée, que la lettre a été déposée, et qu’on revient au présent, celui dans lequel elle se souvient, de loin, de cette relation et de ce moment où il lui a dit qu’elle avait des yeux lumineux.

Peut-être qu’elle se demande, des années plus tard : si une chose avait été différente, si le train n’était pas parti sans eux, est-ce que tout serait différent aujourd’hui ? Peut-être avec une pointe de regret. Ou peut-être pas.

Le clip

Le clip débute avec Taylor allongée dans les roseaux près de l’eau, sans doute l’endroit où ils avaient dansé sous la lune. Elle tient une radio, celle-là même qui diffuse la chanson. On voit ensuite l’ex dans son pick-up qui monte le son de la radio, s’arrête sur le bas-côté, et l’augmente encore. Au refrain, les souvenirs jaillissent, un peu flous, de leur relation, on est dans le présent du souvenir, avec l’emploi du « tu ».

Elle se tient ensuite devant une grange, assise dans les feuilles d’automne avec sa guitare, au moment du second couplet évoquant septembre et la tristesse. On le voit réagir en direct, se souvenir lui aussi de leurs moments passés ensemble. On les voit danser dans la nuit, regarder les étoiles. Au pont, il redémarre sa voiture ; elle chante la lettre qui l’attend, et on voit une boîte aux lettres vers laquelle le pick-up avance. Il se gare, monte les escaliers, trouve la lettre adressée à « Johnny », l’ouvre, s’assoit, et se souvient. Le clip se referme sur la même image qu’à l’ouverture : Taylor allongée devant le lac, dans les roseaux.

Traduction

Couplet 1
Il a dit que la manière dont mes yeux brillaient
Faisaient rougir les étoiles de la Géorgie ce soir-là
J’ai répondu : c’est un mensonge
Juste un garçon dans son pick-up
Qui avait une fâcheuse tendance à rester coincé
Sur les routes de campagne, la nuit

Pré-refrain
Et j’étais juste là, à ses côtés, tout l’été
Et ensuite le moment où on s’est réveillés en réalisant que l’été était passé

Refrain
Mais quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à ma chanson préférée
Celle sur laquelle nous avions dansé toute la nuit
La lune tel un projecteur sur le lac
Quand tu penses au bonheur, j’espère que tu penses à cette petite robe noire,
Que tu penses à ma tête posée sur ton torse, et à mes vieux jeans délavés
Quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à moi

Couplet 2
Le mois de septembre m’a baignée dans les larmes
Et Dieu merci, tu n’étais pas là pour témoigner de mon état
Mais dans une boîte sous mon lit
Se trouve une lettre que tu n’as jamais lue
Datant de trois étés en arrière

Pré-refrain
C’est dur de ne pas trouver tout cela un petit peu doux-amer
Et à regarder en arrière sur tout ça, c’est beau de croire

Refrain
Quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à ma chanson préférée
Celle sur laquelle nous avions dansé toute la nuit
La lune tel un projecteur sur le lac
Quand tu penses au bonheur, j’espère que tu penses à cette petite robe noire,
Que tu penses à ma tête posée sur ton torse, et à mes vieux jeans délavés
Quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à moi

Pont
Et je suis de retour pour la première fois depuis ce moment-là
Je me tiens debout dans ta rue
Et il y a une lettre laissée sur ton palier
Et la première chose que tu liras

Refrain final
Est : quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à ma chanson préférée
Un jour tu allumeras la radio
Et j’espère que ça te ramènera à cet endroit
Quand tu penses au bonheur, j’espère que tu penses à cette petite robe noire,
Que tu penses à ma tête posée sur ton torse, et à mes vieux jeans délavés
Quand tu penses Tim McGraw
J’espère que tu penses à moi

Outro
Oh, pense à moi, mmm
Il a dit que la manière dont mes yeux brillaient
Faisaient rougir les étoiles de la Géorgie ce soir-là
J’ai répondu : c’est un mensonge

Sources et ressources

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