Analyse : august, folklore, Taylor Swift
Sommaire
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Introduction
august est la huitième piste de l’album, comme le mois d’août qui est le huitième mois de l’année. C’est le récit d’un regard vers le passé, sur une romance estivale vouée à se terminer.
Ce qui rend cette chanson particulière, c’est qu’elle fait partie du fameux « triangle amoureux adolescent » de folklore, aux côtés de cardigan et de betty. Mais contrairement à Betty, qui finit par reconquérir James, Augustine reste dans l’ombre : celle qui espère, qui attend, qui annule ses plans au cas où il appellerait. Celle dont l’histoire d’amour était vouée à s’évaporer avec la fin de l’été.
Taylor Swift accomplit ici quelque chose de remarquable : elle humanise « l’autre fille », ce personnage qu’on diabolise si facilement. Augustine n’est pas une méchante, c’est une adolescente tombée amoureuse de la mauvaise personne au mauvais moment, qui a fait semblant que cela ne lui faisait rien alors que ça la bouleversait.
Dans les Long Pond Studio Sessions, Taylor Swift expliquait sa vision du triangle amoureux : « Dans ma tête, cardigan est le point de vue de Betty, vingt ou trente ans plus tard, qui se retourne sur cet amour tumultueux. Je pense que Betty et James ont fini ensemble, mais il l’a vraiment fait souffrir. August parle de la fille avec qui James a passé l’été : elle a l’air d’une mauvaise fille, mais en réalité, elle ne l’est pas. C’est une personne sensible qui est vraiment tombée amoureuse de lui, et qui essayait de faire semblant de ne pas s’en soucier, parce que c’est ce que les filles doivent faire. L’idée qu’il y ait une méchante qui vole ton homme, c’est un mythe total, parce que ce n’est presque jamais le cas. Tout le monde a des sentiments, tout le monde veut être vu et aimé, et tout ce qu’Augustine voulait, c’était de l’amour. »
Production
august mêle folk, soft rock et dream pop, dans un esprit proche de Blowing in the Wind de Bob Dylan, Hotel California des Eagles et Shadow de Wild Nothing. La chanson a été écrite par Taylor Swift et Jack Antonoff, et produite par Taylor Swift, Jack Antonoff et Joe Alwyn.
Presse
Le média StatePress notait : « Ce qui reste constant entre folklore et le reste de sa discographie, c’est l’ingéniosité des paroles de Swift et sa capacité instinctive à raconter des histoires. Un triangle amoureux adolescent, aussi vieux que le monde, se déroule du point de vue de chaque protagoniste dans cardigan, august et betty. » Le magazine Clash ajoutait que l’écoute des paroles d’august a quelque chose de presque voyeuriste, comme si l’on se penchait pour entendre les histoires qu’une Taylor Swift plus discrète aurait autrefois gardées secrètes.
Analyse
Couplet 1
Salt air, and the rust on your door
I never needed anything more
L’air salé, et la rouille sur ta porte
Je n’ai jamais eu besoin de rien de plus
Elle nous plonge immédiatement dans une ambiance : l’air salin de la côte, la rouille rongeant l’acier en bord de mer. Ce souvenir précis, celui d’une porte rouillée qui lui était familière, celle qu’elle pouvait pousser pour rejoindre l’intérieur. La formulation au passé indique que cette action est terminée, résolue, un souvenir clos.
« I never needed anything more » peut aussi sonner comme un aveu de dépendance affective, faisant écho à Illicit Affairs : « A dwindling, mercurial high, a drug that only worked the first few hundred times » (« Un bonheur fugace, instable, une drogue qui n’a fonctionné que les premières centaines de fois »). Il y a, dans ce regard rétrospectif, une mélancolie palpable, la nostalgie de ce qui était.
Whispers of « Are you sure? »
« Never have I ever before »
Des murmures : « Tu es sûr(e) ? »
« Jamais je n’ai jamais… avant »
Un dialogue chuchoté, dont on ne sait pas exactement à quoi il fait référence : une hésitation avant de franchir une étape importante de leur histoire. La réponse, « never have I ever before », peut se lire comme une première fois vécue ensemble, à l’image de la formule employée dans le jeu Never Have I Ever, populaire chez les adolescents.
Refrain
But I can see us lost in the memory
August slipped away into a moment in time
‘Cause it was never mine
Mais je nous vois perdus dans le souvenir
Août s’est évanoui en un moment dans le temps
Parce qu’il n’a jamais été à moi
« To slip away » évoque le temps qui s’écoule, une personne qui s’échappe en silence sans être remarquée. Le mois d’août leur a filé entre les doigts, capsule temporelle qui avait un début et une fin, un amour d’été qui, une fois terminé, n’est plus qu’un souvenir dans lequel on peut se perdre. Et pourquoi cet amour s’est-il retrouvé encapsulé si vite ? Parce qu’il n’était jamais mien : c’est l’aveu du triangle amoureux, sans que l’on sache précisément quand elle a su, ou suspecté, qu’elle n’était pas la seule dans cette relation.
And I can see us twisted in bedsheets
August sipped away like a bottle of wine
‘Cause you were never mine
Et je nous vois, emmêlés dans les draps
Août s’est écoulé comme une bouteille de vin
Parce que tu n’as jamais été à moi
Cette image plus intime confirme le lien avec le premier couplet : cette hésitation, ce « are you sure ? » avant un moment partagé. Cette fois, le mois d’août ne s’échappe pas discrètement, il « sipped away », comme une bouteille de vin dégustée lentement, savourée jusqu’à la dernière goutte, sachant pertinemment qu’elle a une fin.
« Sipped away » condense plusieurs idées : l’action continue de siroter sans se presser, dans une ambiance contemplative ; la consommation du temps, comme dans « dancing the night away » ; et l’érosion progressive, la bouteille qui se vide goutte à goutte. Il y a une appréciation particulière de ce mois d’août, une volonté de l’étirer au maximum, sachant qu’il touchera à sa fin. On note aussi le glissement de « it was never mine » (parlant du mois, de la relation) à « you were never mine » (parlant directement de lui) : un jeu de mots choisi avec soin entre « slipped » et « sipped ».
Couplet 2
Your back beneath the sun
Wishin’ I could write my name on it
Ton dos sous le soleil
J’aurais voulu pouvoir y écrire mon nom
Un second tableau, sur la plage : elle l’observe allongé au soleil et rêve d’inscrire son nom sur son dos. Écrire son nom sur quelque chose est un signe d’appartenance, comme on inscrit son nom sur ses affaires pour ne pas les perdre. Mais elle sait qu’il ne lui appartient pas, ce qui renforce d’autant ce vœu de marquer une appartenance qu’elle sait illusoire. Le vœu porte d’ailleurs sur le fait de pouvoir écrire son nom, pas de l’écrire réellement, renforçant cette position de maîtresse qui se sent illégitime.
Will you call when you’re back at school?
I remember thinkin’ I had you
M’appelleras-tu quand tu seras de retour à l’école ?
Je me souviens d’avoir cru que je t’avais
On comprend enfin pourquoi la fin de l’été marque la fin de cette histoire : la rentrée scolaire signifie qu’il repartira ailleurs. La question qu’elle se pose, sans oser la poser à voix haute, résonne avec Tim McGraw : « And I was right there beside him all summer long, and then the time we woke up to find that summer gone » (« Et j’étais juste à côté de lui tout l’été, et puis ce moment où on s’est réveillés pour découvrir que cet été était parti »).
Elle termine sur : « je me souviens que je pensais que je t’avais ». Même si une part d’elle savait peut-être qu’il n’était pas entièrement à elle, une autre part espérait suffisamment fort pour croire que la relation se poursuivrait à la rentrée. Le refrain revient ensuite à l’identique, reprenant l’image du souvenir et de la bouteille de vin.
Pont
Back when we were still changin’ for the better
Wanting was enough
For me, it was enough
À l’époque où on changeait encore pour le mieux
Désirer était suffisant
Pour moi, c’était suffisant
Cette époque révolue où ils évoluaient encore ensemble, où leur relation semblait pouvoir progresser. Pour elle, le simple fait de désirer que leur histoire devienne quelque chose de plus grand suffisait à la faire tenir.
To live for the hope of it all
Cancel plans just in case you’d call
And say, « Meet me behind the mall »
Vivre dans l’espoir de tout ça
Annuler des plans, au cas où tu appellerais
Et dirais : « Retrouve-moi derrière le centre commercial »
Elle vivait dans l’espoir que leur relation passe du statut de secondaire à celui de relation principale, prête à annuler ses propres plans pour la moindre chance qu’il l’appelle. Et le mieux qu’il pouvait alors lui offrir, c’était de la retrouver derrière un centre commercial, un lieu caché, plutôt que de venir la chercher ouvertement.
Ce rendez-vous discret rappelle un vers d’Illicit Affairs : « What started in beautiful rooms ends with meetings in parking lots » (« Ce qui a commencé dans de belles chambres se termine par des rendez-vous sur des parkings »). Une trajectoire similaire : la relation qui commence dans l’idéal et se termine dans la clandestinité.
So much for summer love and saying « us »
‘Cause you weren’t mine to lose
Adieu l’amour d’été et dire « nous »
Parce que tu n’étais pas à moi de perdre
« So much for » exprime une déception : la réalisation qu’une situation n’était pas ce qu’on croyait. Il lui avait vendu du rêve avec ses mots doux, à parler de « nous », mais l’amour d’été n’était finalement qu’un flirt éphémère. Puisqu’il ne lui appartenait jamais, elle ne pouvait pas non plus, techniquement, le perdre.
Outro
‘Cause you were never mine
Never mine
But do you remember?
Parce que tu n’as jamais été à moi
Jamais à moi
Mais tu t’en souviens ?
Elle vient chercher une réassurance : oui, tu n’étais jamais mien, mais te souviens-tu de ce qu’on a vécu ? Est-ce que ça t’a marqué comme ça m’a marquée ? Ce « do you remember » évoque All Too Well (10 Minute Version) : « Just between us, do you remember it all too well? » (« Rien qu’entre nous, tu t’en souviens trop bien ? »).
Remember when I pulled up and said « Get in the car »
And then canceled my plans just in case you’d call?
Tu te souviens quand je me suis arrêtée et j’ai dit « Monte dans la voiture »
Et puis j’ai annulé mes plans au cas où tu appellerais ?
Peut-être est-ce elle qui a initié les choses, avant même de savoir qu’il y avait quelqu’un d’autre dans sa vie. « Get in the car » évoque Getaway Car, où les rôles semblent inversés : dans cette chanson-là, c’est lui qui conduit la voiture de fuite, dans une histoire à trois qui finit par tourner court pour tout le monde.
L’outro entremêle ensuite ces différents fragments, répétant « meet me behind the mall » et les souvenirs de la voiture, comme les souvenirs eux-mêmes s’emmêlent avec le temps. Peu importe l’ordre chronologique : ce qui reste, c’est un souvenir amer de ce qui aurait pu être, de ce qu’elle espérait, et de ce que ce n’était finalement pas. Tout ce que c’était, c’était de l’espoir, rien de plus.
Conclusion
august se démarque comme l’un des récits les plus poignants et vulnérables de folklore. Ce qui rend cette chanson particulièrement remarquable, c’est la compassion avec laquelle Taylor Swift aborde ce personnage sans nom visible. Elle n’a pas de nom car elle reste un personnage secondaire dans une histoire d’amour qui n’est pas la sienne. Refusant le cliché facile de « l’autre femme » diabolisée, la chanson dépeint une jeune fille profondément humaine, sensible et sincère dans ses sentiments, piégée dans un rôle secondaire tout en croyant désespérément au contraire.
La répétition lancinante de « you were never mine » devient un mantra douloureux, une acceptation progressive d’une vérité qu’elle connaissait peut-être depuis le début. L’outro fragmenté, où les souvenirs se mélangent et se répètent obsessionnellement, illustre brillamment comment la mémoire fonctionne : non pas de manière chronologique et ordonnée, mais en boucles émotionnelles, revenant sans cesse aux mêmes questions essentielles. « Do you remember? » n’est pas qu’une simple interrogation, c’est un cri du cœur, une quête de validation, le besoin de savoir que ces moments, aussi éphémères fussent-ils, ont compté pour quelqu’un d’autre que soi.
august démontre finalement que les histoires les plus simples, un flirt d’été, un cœur brisé, peuvent, lorsqu’elles sont racontées avec empathie et attention au détail, devenir des méditations profondes sur l’espoir, la perte et l’impermanence de tout ce que nous chérissons.
Traduction
Couplet 1
L’air salé, la rouille qui mord ta porte,
Je n’avais jamais désiré rien de plus.
Des murmures : « Tu en es sûr ? »
Et moi, qui n’avais jamais rien vécu… avant toi.
Refrain
Mais je nous vois perdus dans le souvenir
Août s’est évanoui, suspendu hors du temps
Car tu n’étais jamais vraiment à moi.
Et je nous vois, emmêlés dans les draps
Août s’est écoulé comme une bouteille de vin
Parce que tu n’as jamais été à moi
Couplet 2
Ton dos sous le soleil
J’aurais voulu pouvoir y écrire mon nom
M’appelleras-tu, quand l’école te reprendra ?
Je me souviens… j’avais cru t’avoir.
Refrain
Mais je nous vois perdus dans le souvenir
Août s’est évanoui, suspendu hors du temps
Car tu n’étais jamais vraiment à moi.
Et je nous vois, emmêlés dans les draps
Août s’est écoulé comme une bouteille de vin
Parce que tu n’as jamais été à moi
Pont
À l’époque où on changeait encore pour le mieux
Désirer était suffisant
Pour moi, c’était suffisant
Vivre dans l’espoir de tout ça
J’annulais mes soirées, au cas où tu dirais :
« Retrouve-moi derrière le centre commercial. »
Adieu l’amour d’été et dire « nous »
Car ce n’était pas à moi de te perdre
ce n’était pas à moi de te perdre
Refrain
Mais je nous vois perdus dans le souvenir
Août s’est évanoui, suspendu hors du temps
Car tu n’étais jamais vraiment à moi.
Et je nous vois, emmêlés dans les draps
Août s’est écoulé comme une bouteille de vin
Parce que tu n’as jamais été à moi
Outro
Parce que tu n’as jamais été à moi
Jamais à moi
Mais tu t’en souviens ?
Tu te souviens quand je me suis arrêtée et j’ai dit « Monte dans la voiture »
Et puis j’ai annulé mes soirées au cas où tu appellerais ?
À l’époque où je vivais dans l’espoir de tout ça, dans l’espoir de tout ça
« Retrouve-moi derrière le centre commercial »
Tu te souviens quand je me suis arrêtée et j’ai dit « Monte dans la voiture »
Et puis j’ai annulé mes soirées au cas où tu appellerais ?
À l’époque où je vivais seulement pour la promesse fragile
De tout ce que nous n’avons jamais été.
Sources et ressources
- Genius, paroles de « august »
- StatePress, critique de folklore
- Clash, critique de folklore
- Swiftly Sung Stories, analyse d’august
Chansons en écho : All Too Well (10 Minute Version), Getaway Car, Illicit Affairs, So It Goes, Tim McGraw, Paper Rings.
Ressources citées dans l’épisode : Long Pond Studio Sessions (Disney+), les épisodes du podcast consacrés à Cardigan, à Betty et au trio amoureux du triangle folklore.
Découvrez aussi
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