Lover

 

 

 

 

Analyse : Lover, Lover, Taylor Swift

Sommaire

⏱ Temps de lecture estimé : 17 minutes

Introduction

Explorez les profondeurs de la chanson « Lover » de Taylor Swift avec cette analyse captivante. Cette semaine, plongeons ensemble dans les thèmes de la séduction, de l’engagement et des conflits internes au sein des relations amoureuses. Décortiquons les paroles, les références culturelles et les symboles visuels du clip pour révéler les multiples couches de signification. Partons ensemble pour une balade enchantée à travers les nuances de l’amour selon Taylor Swift.

Bonjour à tous, je m’appelle Anne-Sophie Pelé, je suis la créatrice et l’hôte de ce podcast. Comme vous le savez, dans l’herméneutique Taylor Swift, on analyse les chansons de la star en français. Nous sommes dans l’ère Lover et nous abordons aujourd’hui la troisième chanson de l’album : Lover.

Genre

Lover se trouve à l’intersection d’une chanson acoustique, de la pop et de la folk, avec le fait de raconter une histoire. C’est elle qui l’a écrite, et elle a été produite avec Jack Antonoff.

Le titre

C’est une musique composée en douze temps, la seule de son répertoire à ce jour.

Elle a dit, je cite : « écrire cette chanson était l’une de ces expériences magiques que tu peux avoir parfois en tant qu’autrice. Je l’ai écrite vite, au milieu de la nuit, et aussitôt je l’avais écrite, aussitôt j’ai su que le titre de la chanson serait le titre de l’album et qu’elle donnerait le ton de l’album entier. »

Dans son feed Spotify, elle ajoute : « j’ai choisi cette chanson comme titre de l’album car elle est un parfait exemple de ce que j’ai essayé de faire avec l’album. Je voulais faire de la musique intemporelle, dans la confession. J’ai écrit la chanson seule et Jack Antonoff m’a aidée à la produire. On voulait en faire une musique qui puisse se jouer durant un mariage dans les années 70. »

Enfin, c’est la musique dont elle était la plus fière à l’époque. Elle voulait une chanson sur laquelle les couples pourraient danser des slows à 3 h du matin, une fois que tout le monde était parti et qu’il ne restait qu’eux.

Presse

Oprah Daily

Le journaliste d’Oprah Daily en a dit : « La chanson Lover est restée bloquée dans ma tête depuis sa sortie en août 2019. Pas la chanson entière, mais la façon dont Swift roucoule le mot « table » à 2 minutes 47. Quand Swift chante le bonheur domestique qu’elle vit avec son petit copain, ça sonne comme si elle ressentait ce qu’elle chante. Et c’est cette authenticité, combinée à la mélodie envoûtante, qui font de Lover cette chanson d’amour iconique. »

Analyse

We could leave the Christmas lights up ’til January

On pourrait laisser les décorations de Noël jusqu’en janvier. Elle a dit avoir imaginé de les laisser jusqu’en avril, mais qu’elle aimait janvier, car c’est quelque chose de tellement normal, c’est ce qu’elle voulait symboliser avec cette phrase.

This is our place, we make the rules

C’est notre maison, c’est nous qui faisons les règles.

And there’s a dazzling haze, a mysterious way about you, dear

Et il y a une brume éblouissante, quelque chose de mystérieux en toi, mon cher. La « brume éblouissante » est un oxymore : la brume est généralement synonyme de quelque chose de flou plutôt qu’éblouissant, ce brouillard pouvant être mental comme physique et visible. En parallèle, « dazzling » se dit de quelque chose d’impressionnant, de beau ou de talentueux, comme il peut définir l’éclat du soleil. Le sujet est donc à la fois mystérieux et majestueux.

Have I known you twenty seconds or twenty years?

Est-ce que je t’ai connu vingt secondes ou vingt ans ? J’ai la sensation de t’avoir toujours connu, et en même temps j’ai encore tant de choses à découvrir à ton sujet.

La relation est installée et les protagonistes emménagent ensemble. Il y a pourtant un conflit interne dans le sentiment qu’on peut avoir de connaître parfaitement la personne avec laquelle on vit, et tout ce qu’on découvre encore à chaque instant, une vraie fascination pour ce qu’est l’autre.

Can I go where you go? / Can we always be this close forever and ever?

Puis-je aller où tu vas ? Peut-on toujours être si proches, pour toujours et à jamais ? On retrouve ce sentiment d’une relation qui devient sérieuse : je ne veux plus te quitter. Et il y a une grande insistance sur le « à jamais », avec « always », « forever and ever ». Est-ce une référence à Forever & Always de l’album Fearless ? On m’a déjà promis tout ça, qu’adviendra-t-il ? Elle le dit elle-même dans une interview : « it’s such a heavy thing to ask someone… because there’s so much fear in it, but so does love », c’est une question super lourde à poser à quelqu’un, car il y a tellement de peur ressentie dans cette question, mais il y a tellement de peur dans l’amour aussi. Dans le clip, c’est le moment où il plonge avec elle dans le bocal à poisson : son monde, c’est ça, il est symbolisé par le bocal. Le bocal, c’est aussi la célébrité : tout le monde les voit, comme dans un aquarium, la presse et les gens vont les épier et essayer d’en savoir un maximum sur eux. Dans une interview, elle a dit : « je compare souvent ma vie à un aquarium (petit et rond), donc si je devais tomber amoureuse de quelqu’un et que cette personne l’était également, il choisirait de sauter dans l’aquarium avec moi ». Je te demande de pouvoir te suivre, mais en réalité, je te demande de plonger avec moi et de me suivre afin que je puisse te suivre, car l’un et l’autre sont intrinsèquement liés.

And ah, take me out and take me home

Et oh, sortons ensemble, et ramène-moi à la maison. « Take me out » : sors-moi, comme on emmène quelqu’un au restaurant, en soirée. Organise-moi une soirée en amoureux, escorte-moi à un gala ou à un événement social : j’ai envie de montrer au monde entier notre relation et combien on est heureux. Et ramène-moi à la maison après : parce que peu importe où on se rend, je veux toujours me retrouver dans notre cocon à nous. On peut se demander si ça ne fait pas référence à Style, de 1989, lorsqu’à la fin elle dit : « take me home ». Cette chanson traite d’une relation précaire au statut incertain, et on peut supposer qu’à la fin, elle demande à l’autre personne de la ramener à la maison une bonne fois pour toutes, ce qui n’est jamais arrivé. Ici, en revanche, la volonté semble être présente.

You’re my, my, my, my / Lover

Tu es mon, mon, mon, mon amant. Elle appuie quatre fois sur le « my », la propriété : tu es le mien et à personne d’autre. Là où, dans Cruel Summer, il était question d’une relation sans statut, sans règle, ils ont ici clarifié les choses. « Lover », par définition, désigne un partenaire sexuel ou romantique en dehors du mariage.

Je me sens si bien avec toi, j’ai envie de le crier sur tous les toits, qu’est-ce que c’est bon d’avoir statué notre relation et d’être enfin dans une zone plus claire et moins incertaine. Je suis prête à rendre notre relation publique, et de toute façon c’est un passage obligé vu mon métier et ma stature. Mais on ressent une part d’angoisse sous-jacente : et si je me trompais ?

We could let our friends crash in the living room

On pourrait laisser nos amis dormir dans le salon. Encore quelque chose de commun dans une vie de couple installée, dont on se réjouit. Aussi, il s’agit de « nos » amis, pas les miens ou les tiens, les nôtres : ceux qu’on a en commun maintenant. « This is our place, we make the call », c’est notre maison, on décide.

And I’m highly suspicious that everyone who sees you wants you

Et je suis très suspicieuse que toutes les personnes qui te voient te veulent. De la jalousie, mais aussi la reconnaissance que cette personne est majestueuse, un objet de convoitise et de désir : alors forcément, tout le monde la veut.

I’ve loved you three summers now, honey, but I want ’em all

Je t’ai aimé trois étés maintenant, chéri, mais je les veux tous.

La relation est installée, et elle a peur de le voir partir, car elle veut passer sa vie avec lui.

Ladies and gentlemen, will you please stand?

Mesdames et messieurs, levez-vous, s’il vous plaît.

With every guitar string scar on my hand

Avec toutes les cicatrices laissées par les cordes de guitare sur mes mains, toutes les chansons qu’elle a écrites au sujet de ceux qui lui ont brisé le cœur.

I take this magnetic force of a man to be my Lover

Je prends cet homme magnétique pour amant. Il a un pouvoir magnétique puissant sur elle, elle ne peut lui résister. On retrouve la même tournure de phrase que pour des vœux de mariage : je m’engage devant vous tous à prendre cet homme pour époux… mais non, pas pour époux : pour amant. Comme si elle disait : je veux passer ma vie avec lui, mais on n’en est pas encore au mariage non plus.

My heart’s been borrowed and yours has been blue

Mon cœur a été emprunté et le tien a été bleu. Il y a une tradition de mariage aux États-Unis où la mariée doit porter, le jour de son mariage, « quelque chose d’emprunté, quelque chose de bleu, et quelque chose de nouveau » : la référence au mariage continue. Il y a aussi l’idée qu’ils ont tous deux été déçus par l’amour : combien de fois est-elle tombée amoureuse ? Et combien de fois a-t-il été triste (bleu) à cause de relations amoureuses passées ?

All’s well that ends well to end up with you

Tout est bien qui finit bien, si c’est pour finir avec toi. Référence à All Too Well (10 Minute Version), de Red (Taylor’s Version) : « all’s well that ends well but I’m in a new hell every time you double cross my mind », angoisse sous-jacente, car dans cette chanson-là aussi il y a eu des promesses, mais un cœur brisé en a résulté. Il y a aussi une référence aux écrits de Shakespeare : dans All’s Well That Ends Well, Helen est promise en mariage à l’homme de ses rêves, mais il n’acceptera pas car elle est d’un rang social inférieur. La pièce entière suit Helen dans sa quête pour prouver qu’elle est à la hauteur de son amour, et ils finissent ensemble, mais la plupart des analyses modernes montrent que le mari garde son amertume : on retrouve là aussi l’angoisse sous-jacente.

Swear to be over-dramatic and true to my Lover

Je jure de tout dramatiser et d’être honnête envers mon amant. Référence au mariage : je jure fidélité, etc. Mais « over-dramatic » est sans doute ce qu’elle a été accusée d’être dans des relations précédentes, et que lui accepte : elle jure donc de ne pas changer. Et « true » : authentique, honnête, je ne veux plus jouer à des jeux, me faire passer pour quelqu’un d’autre ou faire semblant d’être qui l’autre recherche. Je ne veux plus correspondre à un idéal, je veux être moi. Mais « true » peut aussi se traduire par « fidèle ».

Elle admet ici, de manière très directe, qu’elle veut s’engager avec cet amant sur le long terme, et que toutes les relations qu’ils ont eues jusqu’ici ont fait d’eux les personnes dont chacun est tombé amoureux. Tout cela avec la crainte que le sentiment ne lui soit pas réciproque, et le besoin que cela soit confirmé.

And you’ll save all your dirtiest jokes for me / And at every table, I’ll save you a seat / Lover

Et tu me garderas toutes tes blagues les plus osées : tu n’auras plus besoin d’aller les raconter à tes copains, car tu m’as moi maintenant. Et à toutes les tables, je te garderai une place. Dans le clip, la blague est : « why did the ketchup blush? Because she saw the salad dressing », pourquoi le ketchup a-t-il rougi ? Parce qu’il a vu la salade s’habiller. C’est plus une blague de papa, pas très osée au sens sexuel du terme : on peut plutôt y voir le fait que tu me garderas toutes tes blagues, même les plus nulles. Et je rirai quoi qu’il arrive.

Oh, you’re my, my, my, my / Darling, you’re my, my, my, my / Lover

Insistance sur la possession : le mien, à moi. Il persiste donc un doute dont elle n’arrive pas à se débarrasser.

Conclusion

On sort de Cruel Summer et de l’anxiété générée par un début de relation incertain pour plonger dans Lover. Ça y est, ça fait trois ans, les choses sont installées, ils emménagent ensemble et il y a toute une excitation à cette idée.

Elle a envie de crier l’amour qu’ils se portent partout, et en l’occurrence, elle est prête à ce que la presse s’en empare.

Il y a cette sensation commune de connaître l’autre si bien, mais de savoir qu’il y a encore un monde à découvrir en lui.

Pour autant, un regard vers le passé réveille les angoisses : tout s’est fini un jour, et si elle se trompait ? Mais la volonté de croire fermement que toutes les expériences passées les aient rendus capables de tout affronter aujourd’hui.

Alors une sorte de plaidoyer émerge : elle implore les forces de l’univers, que ce soit le dernier, que ça dure pour toujours ! Elle en a assez de souffrir ! Et dans le même temps, elle implore son amant de lui ouvrir son cœur et de vouloir aller aussi loin qu’elle en a envie.

Finalement, il y a une anxiété sous-jacente : elle est aussi engagée qu’il est possible de l’être, car ici, elle lui fait une demande en mariage déguisée et le supplie de l’accepter, elle a besoin qu’il vienne confirmer ses sentiments, la conforter dans l’amour qu’elle lui porte.

Il y a une vraie projection dans le futur, que l’on voit particulièrement symbolisée dans le clip vidéo : une petite fille reçoit à Noël une boule à neige dans laquelle se trouve l’histoire amoureuse de deux personnes, dans toutes ses couleurs, disputes, jalousie, incertitudes, joies, bonheur, amour. Et à la fin du clip, elle se lève pour faire un câlin à ses parents, ceux qui ont été représentés dans la boule à neige.

Clip vidéo

Le clip lui a été inspiré par une ligne d’une chanson qu’elle avait écrite au sujet d’amis à elle : « you two are dancing around in a snow globe, round and round », dans You’re In Love, de 1989. Vous deux, dansez en rond dans une boule à neige, vous tournez, tournez.

En effet, on retrouve dans la vidéo la boule à neige contenant la maison de poupée qui symbolise la relation dont parle la chanson.

La maison contient sept pièces, que les fans ont supposé représenter chacun de ses albums précédents, symbolisant toutes les couleurs de l’amour.

Taylor Swift, en vert, en bas à gauche, marque le début de leur relation et celui de la vie de célébrité de Taylor. On voit l’amant accrocher un tableau de leur chat au mur pour signifier l’emménagement ensemble, et on la voit utiliser les instruments classiques, bruts, de la country.

Speak Now, en violet, en bas à droite, la pièce romantique qui sent l’inexpérience et le rêve, où tout finit bien. Musicalement, il la représente jouant d’un petit piano, comme elle a écrit cet album entier seule.

Fearless, en jaune, au milieu à gauche, la pièce à l’envers : ils jouent à des jeux de société la tête à l’envers, s’amusant des critiques extérieures. C’est la normalité de leur relation dans un monde complètement anormal, grâce peut-être au secret. Musicalement, c’est l’album qui l’a propulsée sur le devant de la scène country, son monde ayant sans doute beaucoup changé suite à cela.

Red, en rouge, c’est le salon, là où ils reçoivent du monde mais finissent seuls tous les deux. On la voit assise seule alors que les autres personnes de la soirée s’amusent ensemble. C’est aussi le moment dans le clip où elle commence à suspecter la trahison, à ressentir la jalousie, et l’album Red traite beaucoup de ces sujets.

1989, en bleu, en haut à gauche, celle avec le bocal à poisson, l’album qui l’a propulsée sur le devant de la scène pop et dans lequel elle répond à la presse. Comme si elle prenait conscience que sa vie, quoi qu’il arrive, sera épiée, et que la peur que personne ne la rejoigne dedans, jamais, tombait enfin. En effet, une échelle est placée à l’extérieur, signifiant qu’une fois dedans, il n’est plus possible de s’en échapper.

Lover, en rose, en haut à droite, où on les voit en pleine dispute puis en réconciliation. C’est l’endroit où ils arrivent enfin à trouver de la paix dans leur relation de couple et de la sérénité.

Reputation, dans le grenier, symbolisant le lieu dans lequel ils se sont rencontrés : la chute de sa réputation. Et c’est là qu’il la rejoint, même après une dispute. C’est d’ailleurs la seule pièce dans laquelle il la rejoint sans la laisser seule après. Toutes les autres pièces, il va et il vient, mais celle-ci représente peut-être son moi authentique, celui sans artifice, celui qui n’est pas exposé au public, celui de la maladie aussi, de la dépression. Alors qu’importent les disputes dans les autres aspects de leur vie, ils se retrouvent toujours.

Traduction

Nous pourrions laisser les lumières de Noël jusqu’en janvier
C’est notre maison, nous fixons les règles
Et il y a une brume éblouissante, une aura mystérieuse autour de toi, mon cher
Est-ce que je te connais depuis vingt secondes ou vingt ans ?

Puis-je aller où tu vas ?
Pouvons-nous toujours être aussi proches, pour toujours et à jamais ?

Et ah, emmène-moi dehors et ramène-moi chez moi
Tu es mon, mon, mon, mon
Amour

Nous pourrions laisser nos amis dormir dans le salon
C’est notre endroit, nous décidons
Et je suis très méfiante, que tout le monde qui te voit te veut
Je t’ai aimé pendant trois étés maintenant, chéri, mais je les veux tous

Puis-je aller où tu vas ?
Pouvons-nous toujours être aussi proches, pour toujours et à jamais ?

Et ah, emmène-moi dehors et ramène-moi chez moi (pour toujours et à jamais)
Tu es mon, mon, mon, mon
Amour

Mesdames et messieurs, voulez-vous bien vous lever ?
Avec chaque cicatrice de corde de guitare sur ma main
Je prends cette force magnétique qu’est cet homme pour être mon
Amant

Mon cœur a été emprunté, et le tien a été bleu
Tout est bien qui finit bien si c’est pour finir avec toi
Je jure de dramatiser exagérément et d’être fidèle à mon
Amant

Et tu garderas toutes tes blagues les plus osées pour moi
Et à chaque table, je te garderai une place
Amant

Puis-je aller où tu vas ?
Pouvons-nous toujours être aussi proches, pour toujours et à jamais ?

Et ah, emmène-moi dehors et ramène-moi chez moi (pour toujours et à jamais)
Tu es mon, mon, mon, mon
Oh, tu es mon, mon, mon, mon
Chéri, tu es

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