Triangle folklorien : 20 ans plus tard
Sommaire
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Introduction
Dernier volet de la série triangle amoureux de folklore : et si l’histoire se répétait, vingt ans plus tard ? Cette hypothèse a été suggérée par un auditeur du podcast, qui remarquait que le triangle amoureux adolescent, August, Cardigan, Betty, pourrait avoir un écho adulte dans trois autres chansons : The 1 (point de vue de Betty), Illicit Affairs (point de vue d’Augusta) et This Is Me Trying (point de vue de James).
Le scénario imaginé est le suivant : adolescents, James trompe Betty avec Augusta, puis revient et choisit Betty. Devenus adultes, James et Betty se marient. James recroise Augusta. La même histoire se rejoue : Betty l’apprend, quitte James, qui tente alors de se faire pardonner une seconde fois.
C’est un exercice d’interprétation assumé comme tel : il ne s’agit pas de la lecture officielle de Taylor Swift, mais d’une théorie fan qui permet de relire trois chansons déjà connues sous un jour nouveau.
Presse
Le rapprochement entre The 1, Illicit Affairs et This Is Me Trying comme un « second acte » du triangle amoureux de folklore n’a pas de source officielle : il s’agit d’une théorie née dans la communauté de fans, reprise et développée ici à la suite d’un commentaire d’auditeur.
Analyse
The 1, le point de vue de Betty vingt ans plus tard
On a déjà lu The 1 comme le point de vue d’Augustine, des années après les faits, dans le deuxième volet de cette série. Essayons ici de la regarder à travers le prisme de Betty, comme le suggère la théorie : toujours vingt ans plus tard, mais comme si elle revivait la situation une seconde fois, adulte cette fois.
I’m doing good, I’m on some new shit
Been saying « yes » instead of « no »
I thought I saw you at the bus stop, I didn’t though
Je vais bien, je suis sur des trucs nouveaux, je dis oui au lieu de non, j’ai cru te voir près de l’arrêt de bus, mais non
Écho direct à cardigan : « je savais que je te maudirais pour longtemps », « chasing shadows in the grocery lines ». Sauf qu’ici, l’illusion au bus s’efface aussitôt : elle ne s’accroche plus au fantôme.
I hit the ground running each night
I hit the Sunday matinée
You know the greatest films of all time were never made
I guess you never know, never know
Je cours dès le matin, je vais au cinéma le dimanche, les plus grands films n’ont jamais été tournés, on ne sait jamais vraiment
Contraste frontal avec le « I knew » de cardigan, cette certitude adolescente d’avoir tout compris de lui. Vingt ans plus tard et une seconde trahison plus loin, elle ne sait plus rien, et c’est presque un soulagement.
And if you wanted me, you really should’ve showed
And if you never bleed, you’re never gonna grow
Si tu me voulais, il fallait le montrer, si tu ne saignes jamais, tu n’apprends rien
Une allusion au choix qu’il n’a pas fait pour elle la première fois. C’est cette blessure initiale qui l’a fait grandir : elle ne veut plus être cette femme qui attend d’être choisie.
But we were something, don’t you think so?
Roaring 20s, tossing pennies in the pool
And if my wishes came true, it would’ve been you
In my defense, I have none
For never leaving well enough alone
But it would’ve been fun, if you would’ve been the one
Mais on était quelque chose, tu ne trouves pas ? Si mes vœux s’étaient réalisés, ça aurait été toi. Je n’ai aucune excuse pour n’avoir jamais su laisser les choses tranquilles
Lu depuis Betty après une seconde tromperie, le refrain change de sens : leur toute première histoire, celle d’ados, aurait dû lui suffire. C’est elle qui a choisi de le reprendre, et c’est ce choix qu’elle regrette aujourd’hui, pas lui.
I have this dream you’re doing cool shit
Having adventures on your own
You meet some woman on the internet and take her home
J’imagine que tu fais des trucs cool, que tu vis des aventures, que tu rencontres une femme sur internet et que tu la ramènes chez toi
Elle l’imagine enfin libéré du cadre qu’elle lui aurait, selon lui, imposé pendant vingt ans, l’écho de disputes jamais vraiment résolues, où il l’accusait de manquer de légèreté.
We never painted by the numbers, baby, but we were making it count
You know the greatest loves of all time are over now
I guess you never know, never know
And it’s another day waking up alone
On n’a jamais suivi les règles, mais on comptait quand même, les plus grandes histoires d’amour sont finies maintenant
Deux personnalités opposées que personne ne comprenait, et qui pourtant tenaient. Mais l’histoire est bel et bien terminée : elle se réveille seule, trahie une seconde fois.
I, I, I persist and resist the temptation to ask you
If one thing had been different, would everything be different today?
Je résiste à la tentation de te demander : si une chose avait été différente, tout serait-il différent aujourd’hui ?
Le vertige du « et si » : si elle ne l’avait pas repris après la première tromperie adolescente, aurait-elle évité la seconde ? Aurait-elle construit quelque chose de plus vrai avec quelqu’un d’autre ?
Rosé flowing with your chosen family
And it would’ve been sweet, if it could’ve been me
In my defense, I have none, for digging up the grave another time
But it would’ve been fun, if you would’ve been the one
Ça aurait été doux si ça avait pu être moi, je n’ai aucune excuse d’avoir déterré cette tombe une fois de plus
Elle referme sur une pointe de mélancolie : vingt ans passés à aimer une version de lui qu’elle avait elle-même construite, plutôt que l’homme réel.
Illicit Affairs, le point de vue d’Augusta vingt ans plus tard
La semaine précédente de la série, on écartait Illicit Affairs du triangle adolescent : la vibe n’y était pas. Mais si on imagine l’histoire se répéter à l’âge adulte, une fois James et Betty mariés, la chanson trouve soudain sa place.
Make sure nobody sees you leave
Hood over your head, keep your eyes down
Tell your friends you’re out for a run
You’ll be flushed when you return
Assure-toi que personne ne te voie partir, capuche sur la tête, dis à tes amis que tu vas courir
Le premier couplet donne le vertige : Augusta retrouve James derrière le centre commercial, exactement comme à l’adolescence, « behind the mall ». Sauf qu’adultes, ils ont les moyens de se payer de jolies pièces ; mais comme la première fois, tout finit dans des parkings.
Take the road less traveled by
Tell yourself you can always stop
What started in beautiful rooms
Ends with meetings in parking lots
Prends le chemin le moins fréquenté, dis-toi que tu peux toujours arrêter, ce qui a commencé dans de belles pièces finit dans des parkings
Le contraste entre les « beautiful rooms » du début et les parkings de la fin résume toute l’ironie de cette seconde tromperie : le glamour adulte ne change rien à la clandestinité honteuse.
And that’s the thing about illicit affairs
And clandestine meetings and longing stares
It’s born from just one single glance
But it dies, and it dies, and it dies, a million little times
Voilà le problème avec les liaisons illicites : ça naît d’un seul regard, mais ça meurt un million de fois
On peut imaginer James et Augusta se recroiser par hasard, professionnellement, des années plus tard. Un regard suffit à tout raviver, mais ça meurt aussitôt, parce que James, encore une fois, n’est pas prêt à quitter Betty.
Leave the perfume on the shelf
That you picked out just for him
So you leave no trace behind
Like you don’t even exist
Laisse le parfum sur l’étagère, celui que tu as choisi pour lui, pour ne laisser aucune trace
Le parfum de son adolescence, celui qu’il aimait tant, elle l’a racheté adulte pour lui, mais elle ne peut pas le porter, au risque de se faire démasquer. Elle n’existe encore une fois que dans le fantasme de James.
Take the words for what they are
A dwindling, mercurial high
A drug that only worked the first few hundred times
Prends les mots pour ce qu’ils sont, une drogue qui n’a fonctionné que les premières centaines de fois
And that’s the thing about illicit affairs
And clandestine meetings and stolen stares
They show their truth one single time
But they lie, and they lie, and they lie, a million little times
Ça montre sa vérité une seule fois, mais ça ment un million de petites fois
Cette drogue-là a fait effet des centaines de fois, la même qu’il y a vingt ans. Et ces regards volés n’ont montré leur vrai visage qu’une seule fois : le jour où il a choisi Betty.
And you wanna scream, don’t call me « kid, » don’t call me « baby »
Look at this godforsaken mess that you made me
You showed me colors you know I can’t see with anyone else
[…] And you know damn well, for you, I would ruin myself, a million little times
Ne m’appelle pas « gamine », ne m’appelle pas « bébé », regarde le désastre que tu as fait de moi
Le refrain final résonne comme un rappel juvénile forcé, presque humiliant : elle redevient la fille qu’elle était à seize ans face à lui. L’histoire se répète, elle se ruinerait à nouveau pour lui, elle l’a déjà fait deux fois.
This Is Me Trying, le point de vue de James vingt ans plus tard
Dernier volet : James, vingt ans plus tard, au fond du trou après avoir trompé Betty une seconde fois avec Augusta. La chanson n’avait jamais été envisagée dans le cadre du trio jusqu’ici, voyons ce que ça donne quand l’histoire se répète.
I’ve been having a hard time adjusting
I had the shiniest wheels, now they’re rusting
I didn’t know if you’d care if I came back
I have a lot of regrets about that
J’ai du mal à m’adapter, j’avais les plus belles roues, maintenant elles rouillent
James, populaire au lycée, tout lui semblait promis. Vingt ans plus tard, crise de la quarantaine, il regrette presque cette simplicité, d’autant plus qu’il vient de retromper Betty avec Augusta, et qu’il se demande, encore, si elle va le reprendre.
Pulled the car off the road to the lookout
Could’ve followed my fears all the way down
And maybe I don’t quite know what to say
But I’m here in your doorway
Je me suis arrêté sur le bas-côté, j’aurais pu suivre mes peurs jusqu’au bout, mais je suis là, sur le pas de ta porte
Une excuse à la Betty : on a envie de le sauver de ses démons. Mais peut-être que James et elle ne sont simplement pas faits pour être ensemble, et Betty a le droit de se respecter, même si le quitter la blesse.
They told me all of my cages were mental
So I got wasted like all my potential
And my words shoot to kill when I’m mad
I have a lot of regrets about that
On m’a dit que toutes mes cages étaient mentales, alors j’ai gâché tout mon potentiel
Il réalise qu’il rejetait sur Betty la responsabilité de son mal-être, l’accusant de le brider, alors qu’il allait profondément mal pour d’autres raisons. Sa solution : la dispute avec Betty, puis fuir dans les bras d’Augusta. Il l’a blessée deux fois : en l’accusant, et en la trompant avec la même personne qu’il y a vingt ans.
I was so ahead of the curve, the curve became a sphere
Fell behind all my classmates, and I ended up here
Pouring out my heart to a stranger
But I didn’t pour the whiskey
J’étais tellement en avance, la courbe est devenue une sphère, j’ai fini ici, à me confier à un inconnu
On imagine James racontant toute cette histoire de triangle à un barman qui lui ressert un verre.
I just wanted you to know that this is me trying […] At least I’m trying
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui essaie, au moins j’essaie
Il rappelle Betty en sortant du bar, s’excuse, pleure, la vulnérabilité même dont elle était tombée amoureuse.
And it’s hard to be at a party when I feel like an open wound
It’s hard to be anywhere these days when all I want is you
You’re a flashback in a film reel on the one screen in my town
C’est dur d’être où que ce soit quand tout ce que je veux, c’est toi, tu es un flash-back sur l’unique écran de ma ville
Un clin d’œil possible à exile, comme s’il s’agissait du moment où ils se recroisent à une fête après la rupture, et où il la voit avec quelqu’un d’autre.
Conclusion
Cette hypothèse du triangle folklorien qui se répéterait vingt ans plus tard vient d’un commentaire d’auditeur, pas d’une intention affirmée de Taylor Swift. Elle repose sur un scénario fragile par endroits : imaginer James et Betty mariés adultes, James recroisant Augusta, et l’histoire recommençant à l’identique.
Mais rejouer The 1, Illicit Affairs et This Is Me Trying à travers ce prisme offre une relecture cohérente : Betty qui a fini par choisir de reprendre James une première fois et le regrette, Augusta condamnée à n’exister que dans les marges de leur histoire, James incapable de rompre le cycle qu’il a lui-même créé.
Que l’on adhère ou non à cette théorie, l’exercice illustre la richesse du lore de folklore : trois chansons déjà connues, relues sous un angle inédit, continuent de raconter une histoire différente à chaque écoute.
Traduction
The 1 (extraits)
Je vais bien, je suis sur des trucs nouveaux
Je dis « oui » au lieu de « non »
J’ai cru te voir près de l’arrêt de bus, mais non
Je cours dès le matin
Je vais au ciné du dimanche
Tu sais, les plus grands films n’ont jamais été tournés
On ne sait jamais, jamais vraiment
Si tu me voulais, il fallait le montrer
Et si tu ne saignes jamais, tu n’apprends rien
Mais on était quelque chose, tu ne trouves pas ?
Années folles, sous des airs légers
Et si mes vœux s’étaient réalisés
Ça aurait été toi
Je n’ai aucune excuse
De n’avoir jamais su laisser les choses tranquilles
Mais ça aurait été fun
Si tu avais été le bon
Illicit Affairs (extraits)
Assure-toi que personne ne te voie partir
Capuche sur la tête, les yeux baissés
Dis à tes amis que tu vas courir
Tu seras essoufflée à ton retour
Ce qui a commencé dans de belles pièces
Finit par des rendez-vous sur des parkings
Voilà le problème avec les liaisons illicites
Et les rendez-vous clandestins et les regards qui s’attardent
Ça naît d’un seul regard
Mais ça meurt, et ça meurt, et ça meurt
Un million de petites fois
Laisse le parfum sur l’étagère
Celui que tu as choisi juste pour lui
Pour ne laisser aucune trace
Comme si tu n’existais même pas
Ne m’appelle pas « gamine »
Ne m’appelle pas « bébé »
Regarde le désastre sans nom que tu as fait de moi
Tu m’as montré des couleurs que je ne peux voir avec personne d’autre
Et tu le sais bien
Pour toi, je me ruinerais
Un million de petites fois
This Is Me Trying (extraits)
J’ai eu du mal à m’adapter
J’avais les roues les plus brillantes, maintenant elles rouillent
Je ne savais pas si ça te ferait quelque chose que je revienne
J’ai beaucoup de regrets là-dessus
Je me suis arrêté sur le bas-côté, au point de vue
J’aurais pu suivre mes peurs jusqu’au bout
Et peut-être que je ne sais pas trop quoi dire
Mais je suis là, sur le pas de ta porte
Je voulais juste que tu saches
Que c’est moi qui essaie
Je voulais juste que tu saches
Que c’est moi qui essaie
Au moins j’essaie
C’est dur d’être n’importe où ces jours-ci
Quand tout ce que je veux, c’est toi
Tu es un flash-back sur l’unique écran de ma ville
Sources et ressources
- Théorie suggérée par un commentaire d’auditeur (Pinu Chagaray), reprise et développée dans cet épisode
- How I Met Your Mother (référence pour le passage sur Illicit Affairs)
- Friends, épisode « Two of Them Kissed Last Night » (chanson de Phoebe sur un triangle amoureux, citée en ouverture de la série)
- Analyse complète de The 1
- Analyse complète d’Illicit Affairs
- Analyse complète de This Is Me Trying
Découvrez aussi
- Précédent volet de la série : Triangle folklorien : Illicit affairs
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