illicit affairs

Analyse : illicit affairs, folklore, Taylor Swift

Introduction

illicit affairs, dixième piste de l’album folklore (2020), n’est pas seulement une chanson sur l’adultère : c’est une chanson sur la dépendance à l’illusion, à la douleur, à ce qui brûle et qui ne guérit pas. Avec sa guitare mélancolique et ses paroles ciselées comme des confessions murmurées dans le noir, Taylor Swift nous emmène sur des parkings déserts, dans des chambres luxueuses, au cœur d’une relation clandestine qui se délite, morceau par morceau, comme un million de petits mensonges.

Production

Le morceau a été écrit et produit par Taylor Swift et Jack Antonoff, Joe Alwyn étant crédité comme coproducteur. Illicit Affairs est une chanson d’amour folk acoustique, portée par la guitare.

Presse

Rolling Stone décrit Illicit Affairs comme une ballade sur l’infidélité pouvant plonger l’auditeur dans un désespoir absolu à tout moment : la guitare a une sonorité mélancolique, sauf qu’au lieu de coups d’œil furtifs sur les réseaux sociaux, il s’agit de rendez-vous sur des parkings, là où finissent toutes les voitures de fuite. Le magazine souligne que le regret contenu explose dans le pont, lorsqu’elle gronde : « Ne m’appelle pas gamine, ne m’appelle pas bébé. »

Analyse

Couplet 1

Make sure nobody sees you leave
Hood over your head, keep your eyes down

Assure-toi que personne ne te voie partir
Capuche tirée, les yeux baissés

D’emblée, le décor est planté : celui d’une relation qui se vit dans l’ombre, où la première préoccupation est de ne pas être vu.

Tell your friends you’re out for a run
You’ll be flushed when you return

Dis à tes amis que tu vas courir
Tu seras rouge comme une tomate à ton retour

« Flush » signifie rougir, sous l’effet de la chaleur ou d’une émotion. Le mensonge est déjà là : elle sera rouge, dit-elle, à cause de la course. En réalité, ce sera l’empreinte d’une tout autre forme d’effort, ou d’une émotion intense partagée avec quelqu’un.

Take the road less traveled by
Tell yourself you can always stop

Prends le chemin le moins fréquenté
Dis-toi que tu peux toujours t’arrêter

Cette image renvoie au célèbre poème de Robert Frost, The Road Not Taken, sur le choix d’un chemin et le renoncement à l’autre. Mais ici, le vers « dis-toi que tu peux toujours t’arrêter » sous-entend une réalité bien différente : il semble en pratique très difficile pour la narratrice de mettre fin à cette relation, comme le confirme la dégradation progressive de la situation dans les vers suivants.

What started in beautiful rooms
Ends with meetings in parking lots

Ce qui a commencé dans de belles pièces
Se termine par des rendez-vous sur des parkings

Un contraste saisissant entre les débuts et la fin : les chambres luxueuses, l’attention, le sentiment d’être spéciale, puis le glissement progressif vers des rendez-vous dans des parkings sombres. Une dégradation si progressive qu’elle passe presque inaperçue, jusqu’au jour où l’on se réveille face à la réalité.

Refrain

And that’s the thing about illicit affairs
And clandestine meetings and longing stares
It’s born from just one single glance
But it dies and it dies and it dies
A million little times

Et c’est ça, les liaisons illicites
Et les rendez-vous clandestins et les regards chargés de désir
Ça naît d’un simple regard
Mais ça s’éteint, ça s’éteint, ça s’éteint
Mille fois

Le choix est fait : celui de l’infidélité, d’accepter les avances de l’autre. L’inverse de ce qu’elle choisit dans Girl at Home (Red) : « I feel a responsibility to do what’s upstanding and right » (« Je me sens responsable de faire ce qui est juste et intègre »). Ici, l’amour naît d’un regard et meurt, meurt, meurt, un million de petites fois.

Le mot « illicit » signifie illégal ou désapprouvé par la société ; « affair » peut désigner une liaison amoureuse entre deux personnes dont l’une, ou les deux, est engagée ailleurs. Si le premier couplet pouvait suggérer une affaire clandestine au sens large, le refrain, avec ses regards languissants et ses instants volés, ancre clairement la chanson dans le registre de la liaison amoureuse.

Couplet 2

Leave the perfume on the shelf
That you picked out just for him

Laisse le parfum sur l’étagère
Celui que tu avais choisi spécialement pour lui

Le second couplet s’ouvre, comme le premier, sur une image illustrant la liaison. Là où le premier couplet était centré sur le mensonge à l’extérieur de la relation, celui-ci commence par un parfum choisi spécifiquement pour l’homme concerné, mais qu’il faut laisser de côté pour ne pas être reconnue.

So you leave no trace behind
Like you don’t even exist

Pour ne laisser aucune trace
Comme si tu n’existais pas

Où se trouve cette étagère secrète ? La sienne à elle, mais alors, elle pourrait être découverte. Peut-être ce parfum a-t-il été choisi initialement pour le séduire, avant qu’elle ne renonce à le porter, justement pour ne laisser aucune trace derrière elle.

Take the words for what they are
A dwindling, mercurial high

Prends les mots pour ce qu’ils sont
Une euphorie décroissante et fugace

« Mercurial » signifie d’humeur changeante, imprévisible. On imagine ce partenaire qui, tour à tour, complimente et se referme, sans que l’autre ne puisse comprendre pourquoi, un mécanisme qui rappelle One Step Forward and Three Steps Back d’Olivia Rodrigo, coécrite avec Taylor Swift et Jack Antonoff.

A drug that only worked
The first few hundred times

Une drogue qui n’a fonctionné que
Les premières centaines de fois

La métaphore de la drogue file le fil de la dépendance affective : les mots doux ont créé une forme d’accoutumance, rendant impossible de quitter une relation qui semblait pourtant facile à quitter dans le premier couplet. Mais leur effet s’est estompé avec le temps.

Refrain

And that’s the thing about illicit affairs
And clandestine meetings and stolen stares
They show their truth one single time
But they lie and they lie and they lie
A million little times

Et c’est ça, les liaisons illicites
Et les rendez-vous clandestins et les regards volés
Elles montrent leur vérité une seule fois
Mais ils mentent, ils mentent, ils mentent
Un million de petites fois

Cette fois, c’est la liaison elle-même, et par extension l’amant, qui ne montre ses vraies couleurs qu’une seule fois, offrant une vérité contre un million de petits mensonges.

Pont

And you wanna scream
Don’t call me « kid, » don’t call me « baby »
Look at this godforsaken mess that you made me
You showed me colors you know I can’t see with anyone else

Et tu as envie de crier
Ne m’appelle pas « gamine », ne m’appelle pas « bébé »
Regarde ce désastre que tu as fait de moi
Tu m’as montré des couleurs que je ne vois avec personne d’autre

L’homme infantilise, peut-être parce qu’il est plus âgé, peut-être parce qu’il sous-estime volontairement l’émotion ressentie par la narratrice. Elle trouve enfin la force de s’indigner face à cette négligence : elle sait ce qu’elle ressent, elle sait ce qui s’est passé, et elle veut le mettre face à ses responsabilités.

Ce vers rappelle inévitablement All Too Well, où elle chantait déjà : « You kept me like a secret, but I kept you like an oath » (« Tu me gardais secrète, mais je te gardais comme un serment »). Le principe est le même : plus on se connaît, plus on développe des codes, une imagerie, un langage propre au couple. Mais lorsque la relation se termine, tous ces repères communs disparaissent, et on ne peut les partager avec personne d’autre.

Don’t call me « kid, » don’t call me « baby »
Look at this idiotic fool that you made me
You taught me a secret language I can’t speak with anyone else

Ne m’appelle pas « gamine », ne m’appelle pas « bébé »
Regarde cette idiote que tu as fait de moi
Tu m’as appris un langage secret que je ne peux parler avec personne d’autre

La répétition de « godforsaken mess » et « idiotic fool », deux expressions au sens proche, renforce l’intensité du reproche, à la fois tourné vers l’autre et vers elle-même.

Outro

And you know damn well
For you, I would ruin myself
A million little times

Et tu le sais très bien
Pour toi, je me détruirais
Un million de fois

L’outro souligne et renforce le pont : elle n’est pas seulement une victime résultant de cette relation, elle a conscience que, pour lui, elle serait prête à bien pire, tant que le pire se répartit graduellement dans le temps. Et lui, tout à fait conscient de cet ascendant, en profite. Un déséquilibre lucide, mais qui persiste malgré tout.

Alors, pourquoi rester ? Peut-être qu’à peser le pour et le contre, la narratrice préfère supporter d’être moins aimée qu’elle n’aime, plutôt que de partir et de ne plus recevoir le peu d’amour qu’on lui apporte. Peut-être que les quelques moments de bonheur pèsent plus lourd, à ses yeux, que les millions de petites crises. Ou peut-être est-ce bien plus complexe que cela. La vraie question n’est peut-être pas pourquoi elle reste, mais de quoi elle aurait besoin pour partir.

Conclusion

Illicit Affairs n’est pas une chanson sur la trahison, mais sur la dépendance à un ressenti. C’est l’histoire d’une femme qui sait qu’elle se détruit, mais qui ne peut pas s’arrêter, parce que l’euphorie, même fugace, vaut mieux que le vide à ses yeux. Taylor Swift, ici, ne juge pas : elle observe, elle ressent, elle chante la honte, la colère, l’infantilisation, et cette lucidité cruelle, « pour toi, je me détruirais un million de fois ». Et c’est peut-être ça, le vrai drame : ne pas se sentir capable de partir, même quand on voit clair.

Traduction

Couplet 1

Assure-toi que personne ne te voie partir
Capuche tirée, les yeux baissés
Dis à tes amis que tu vas courir
Tu seras rouge comme une tomate à ton retour
Prends le chemin le moins fréquenté
Dis-toi que tu peux toujours t’arrêter
Ce qui a commencé dans de belles chambres
Se termine par des rendez-vous sur des parkings

Refrain

Et c’est ça, les liaisons illicites
Et les rendez-vous clandestins et les regards chargés de désir
Ça naît d’un simple regard
Mais ça s’éteint, ça s’éteint, ça s’éteint
Mille fois

Couplet 2

Laisse le parfum sur l’étagère
Celui que tu avais choisi spécialement pour lui
Pour ne laisser aucune trace
Comme si tu n’existais pas
Prends les mots pour ce qu’ils sont
Une euphorie décroissante et fugace
Une drogue qui n’a fonctionné que
Les premières centaines de fois

Refrain

Et c’est ça, les liaisons illicites
Et les rendez-vous clandestins et les regards volés
Elles montrent leur vérité une seule fois
Mais ils mentent, ils mentent, ils mentent
Un million de petites fois

Pont

Et tu as envie de crier
Ne m’appelle pas « gamine », ne m’appelle pas « bébé »
Regarde ce désastre que tu as fait de moi
Tu m’as montré des couleurs que je ne vois avec personne d’autre
Ne m’appelle pas « gamine », ne m’appelle pas « bébé »
Regarde cette idiote que tu as fait de moi
Tu m’as appris un langage secret que je ne peux parler avec personne d’autre

Outro

Et tu le sais très bien
Pour toi, je me détruirais
Un million de fois

Sources et ressources

Chansons en écho

Girl at Home, All Too Well, Don’t Blame Me, High Infidelity, Gorgeous, Getaway Car, Guilty as Sin?, No Body No Crime, Question…?

Références citées dans l’épisode

The Road Not Taken, Robert Frost, One Step Forward and Three Steps Back, Olivia Rodrigo

Découvrez aussi

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