Analyse : invisible string, folklore, Taylor Swift
Temps de lecture estimé : 12 minutes
Introduction
invisible string est l’une des chansons les plus douces, les plus spirituelles et les plus magiques de Taylor Swift. Cette ballade parle d’amour fatidique, de coïncidences qui ne sont pas des hasards, et de ce fil invisible qui relie deux âmes, même quand elles ne se connaissent pas encore. Un titre pour ceux qui croient au destin, à l’amour qui se construit en silence, et à ceux qui ont déjà senti ce fil invisible tirer doucement sur leur cœur.
Production
Taylor Swift a écrit les paroles inspirées par la mélodie d’Aaron Dessner, comme elle l’a expliqué lors des Long Pond Studio Sessions : « J’aime cette idée romantique que chaque pas que l’on fait nous rapproche de notre but, guidé par ce petit fil invisible. » C’est donc une musique folk composée et produite par Aaron Dessner, et écrite par les deux.
Le concept d’invisible string est sans doute tiré d’une légende du folklore chinois : le fil rouge du destin, connu en anglais sous le nom d’invisible string. Selon cette croyance d’Asie de l’Est, deux personnes liées par ce fil rouge sont des amants destinés à être ensemble, quels que soient le lieu, le moment ou les circonstances. Ce cordon peut s’étirer ou s’emmêler, mais jamais se rompre, un mythe proche du concept occidental d’âme sœur.
Presse
Rolling Stone souligne le vers « Cold was the steel of my axe to grind, for the boys who broke my heart, now I send their babies presents », en rappelant qu’il a été publié deux jours après la naissance du bébé de Joe Jonas, preuve, selon le magazine, qu’elle planifie absolument tout. La chanson évoque des lieux voyagés, chacun associé à une couleur et un souvenir, sur fond de guitare acoustique en finger picking. Meilleur vers, selon Rolling Stone : « Le vert était la couleur de l’herbe où j’avais l’habitude de lire à Centennial Park. »
Analyse
Couplet 1
Green was the color of the grass
Where I used to read at Centennial Park
I used to think I would meet somebody there
Vert était la couleur de l’herbe
Là où j’avais l’habitude de lire à Centennial Park
Je pensais y rencontrer quelqu’un
L’éternelle romantique rêvait de rencontrer quelqu’un, jeune encore. On l’imagine sur un banc, espérant un coup de foudre comme dans ses romans. Le vert, couleur de la nature, de la vie et de l’espoir, traduit ici l’insouciance de la jeune fille qui rêve.
Teal was the color of your shirt
When you were sixteen at the yogurt shop
You used to work at to make a little money
Turquoise était la couleur de ton tee-shirt
Quand tu avais seize ans, à la boutique de yaourts
Où tu travaillais pour gagner un peu d’argent
Le turquoise évoque clarté de pensée et équilibre émotionnel : la symbolique d’un jeune homme droit dans ses baskets, déjà mature. Fun fact : le compagnon de Taylor Swift à l’époque de l’écriture de cette chanson a réellement travaillé dans un yogurt shop londonien où tous les employés portaient le même tee-shirt bleu de l’enseigne.
Refrain
Time, curious time
Gave me no compasses, gave me no signs
Were there clues I didn’t see?
Le temps, étrange temps
Ne m’a donné ni boussole, ni signes
Y avait-il des indices que je n’ai pas vus ?
« Time, curious time » évoque Alice au pays des merveilles, où le temps est au cœur de l’intrigue avec le lapin et sa montre à gousset. Le temps qui passe, sujet de ce refrain, ne donne ni indices ni signes, n’indique pas la direction à prendre.
And isn’t it just so pretty to think
All along there was some
Invisible string
Tying you to me?
Et n’est-ce pas si beau de penser
Que tout ce temps, il y avait un
fil invisible
Qui te liait à moi ?
On ne peut pas parler de ce lien invisible sans évoquer Jane Eyre de Charlotte Brontë, lorsque Edward Rochester déclare enfin à Jane : « It is as if I had a string somewhere under my left ribs, tightly and inextricably knotted to a similar string situated in the corresponding quarter of your little frame », l’idée qu’un lien invisible relierait deux cœurs, où qu’ils se trouvent.
Couplet 2
Bad was the blood of the song in the cab
On your first trip to LA
You ate at my favorite spot for dinner
Le sang de la chanson dans le taxi était mauvais
Lors de ton premier voyage à Los Angeles
Tu as dîné dans mon restaurant préféré
Référence directe à Bad Blood, que le futur compagnon aurait entendue dans son taxi lors de son premier passage à Los Angeles. Là où le premier couplet suggérait des liens invisibles surtout imaginaires, ici le lien devient plus concret : il aurait pu croiser sa route dans ce restaurant, puisque c’est justement le sien préféré.
Bold was the waitress on our three-year trip
Getting lunch down by the Lakes
She said I looked like an American singer
La serveuse était audacieuse lors de notre voyage de trois ans
Déjeunant au bord des lacs
Elle a dit que je ressemblais à une chanteuse américaine
Un saut de trois ans plus tard : cette fois, ils sont ensemble. « Down by the Lakes » évoque le Lake District anglais, chanté également dans the lakes, titre bonus de folklore : « Take me to the Lakes, where all the poets went to die ». Windermere est le plus grand lac naturel d’Angleterre, situé dans ce parc national.
Refrain
Time, mystical time
Cutting me open, then healing me fine
Were there clues I didn’t see?
Le temps, temps mystique
Me déchirant, puis me guérissant si bien
Y avait-il des indices que je n’ai pas vus ?
Le temps n’est plus curieux ici, il devient mystique, inspirant un sentiment de mystère spirituel, d’émerveillement et de fascination. C’est ce même temps qui l’a ouverte à vif puis guérie, comme un vieil adage voudrait que le temps guérisse tous les maux.
And isn’t it just so pretty to think
All along there was some
Invisible string
Tying you to me?
Et n’est-ce pas si beau de penser
Que tout ce temps, il y avait un
lien invisible
qui nous reliait ?
Elle pose la même question qu’au premier refrain : y a-t-il eu des indices qu’elle n’a pas vus, comme cette herbe verte pendant qu’elle lisait, déjà un lien avec son futur amant ? Ou des indices annonçant sa guérison à venir ?
Pont
A string that pulled me
Out of all the wrong arms, right into that dive bar
Un fil m’a tirée
De tous ces bras qui ne me convenaient pas, droit dans ce bar miteux
Ce « dive bar », ce bar miteux, avait déjà été référencé dans Delicate : « Dive bar on the East side, where you at? ». Il y a ici une véritable idée de destinée que le pont souligne, qui rappelle également The Prophecy, où elle questionne ses choix face à une relation qu’elle pensait mythique.
Something wrapped all of my past mistakes in barbed wire
Chains around my demons
Wool to brave the seasons
Quelque chose avait emprisonné toutes mes erreurs passées dans du fil barbelé
Des chaînes autour de mes démons
De la laine pour affronter les saisons
Ce « quelque chose » qui emprisonne les erreurs passées et enchaîne les démons ressemble à une force mystique, plus grande qu’elle. Le fil n’est pas seulement une boussole qui aide à trouver son chemin : il est aussi celui qui isole les erreurs passées pour qu’elles ne nuisent plus, et qui offre la laine nécessaire pour braver les saisons, métaphore classique des cycles de la vie.
One single thread of gold
Tied me to you
Un simple fil d’or
M’a liée à toi
L’or est une couleur récurrente associée à ce compagnon dans la discographie de Taylor Swift, notamment dans Dancing with Our Hands Tied (« Deep blue, but you painted me golden »), Dress (« a golden tattoo ») ou Daylight (« I once believed love was burning red, but it’s golden »). L’or symbolise ici la lumière, le courage, la sagesse et la réussite, la magie qui les a menés jusque-là.
Couplet 3
Cold was the steel of my axe to grind
For the boys who broke my heart
Now I send their babies presents
L’acier de ma hache était froid à aiguiser
Pour les garçons qui m’ont brisé le cœur
Maintenant, j’envoie des cadeaux à leurs enfants
Ce n’est pas seulement l’acier de la hache qui est froid : c’est l’état d’esprit, la quête de revanche entretenue envers d’anciens compagnons. Puis vient l’évolution : la rancune a laissé place à l’apaisement, et à des gestes de bienveillance envers leurs nouvelles familles. Le temps a guéri la blessure ; le besoin de vengeance s’est envolé.
Gold was the color of the leaves
When I showed you around Centennial Park
Hell was the journey, but it brought me heaven
L’or était la couleur des feuilles
Quand je t’ai fait visiter Centennial Park
L’enfer fut le voyage, mais il m’a menée au paradis
La boucle se referme sur le même parc que le premier couplet, mais cette fois visité ensemble, en automne. L’or des feuilles répond au vert de l’herbe du début, comme la promesse tenue de cette rencontre longtemps espérée.
Refrain final et outro
Time, wondrous time
Gave me the blues and then purple-pink skies
And it’s cool, baby, with me
Le temps, merveilleux temps
M’a donné le blues puis des ciels rose-violet
Et c’est cool, bébé, avec moi
Au-delà des références biographiques, il y a surtout cette notion universelle d’avoir des moments difficiles, puis des moments où tout redevient beau, même le ciel qu’on lève les yeux pour admirer.
And isn’t it just so pretty to think
All along there was some
Invisible string
Tying you to me?
Et n’est-ce pas si beau de penser
Quand il y avait, depuis le début, un
fil invisible
qui te liait à moi ?
Conclusion
Ce qui rend invisible string si touchante, c’est qu’elle peut être adaptée par n’importe qui, même si l’imagerie semble au premier abord très spécifique. Taylor Swift tisse des liens à partir de choses qui n’ont, a priori, aucun rapport entre elles : l’herbe du parc et le tee-shirt turquoise ne relèvent pas du karma, mais de la coïncidence. C’est une interprétation des liens vue à travers les lunettes roses, ou plutôt dorées, de l’amour.
C’est ça qui est beau dans cette chanson : chacun peut tisser ces liens invisibles à sa manière, avec un être aimé, un ami proche, ou même une passion. Une chanson entendue par hasard à douze ans, un pays visité que l’autre a toujours rêvé de voir, un même concert partagé sans se connaître : autant de petits fils invisibles qui, mis bout à bout, racontent une histoire.
Tout comme dans Opalite, invisible string nous rappelle que c’est parfois à nous-mêmes de tisser ces fils, d’ajouter de la romance, de l’or, des paillettes, du rose ou du violet dans un quotidien autrement morne.
Traduction
Couplet 1
Vert était la couleur de l’herbe
Là où j’avais l’habitude de lire au parc du Centenaire
Je pensais y rencontrer quelqu’un
Turquoise était la couleur de ta chemise
Quand tu avais seize ans, à la boutique de yaourts
Où tu travaillais pour gagner un peu d’argent
Refrain
Le temps, étrange temps
Ne m’a donné ni boussole, ni signes
Y avait-il des indices que je n’ai pas vus ?
Et n’est-ce pas si beau de penser
Quand tout ce temps, il y avait un
fil invisible
Qui te liait à moi ?
Couplet 2
Le sang de la chanson dans le taxi était mauvais
Lors de ton premier voyage à Los Angeles
Tu as dîné dans mon restaurant préféré
La serveuse était audacieuse lors de notre voyage de trois ans
Déjeunant au bord des lacs
Elle a dit que je ressemblais à une chanteuse américaine
Refrain
Le temps, temps mystique
Me déchirant, puis me guérissant si bien
Y avait-il des indices que je n’ai pas vus ?
Et n’est-ce pas si beau de penser
Quand tout ce temps, il y avait un
lien invisible
qui nous reliait ?
Pont
Un fil m’a tirée
Des bras qui ne me convenaient pas, droit dans ce bar miteux
Quelque chose avait emprisonné toutes mes erreurs passées dans du fil barbelé
Des chaînes autour de mes démons
De la laine pour affronter les saisons
Un simple fil d’or
M’a liée à toi
Couplet 3
L’acier de ma hache était froid à aiguiser
Pour les garçons qui m’ont brisé le cœur
Maintenant, j’envoie des cadeaux à leurs enfants
L’or était la couleur des feuilles
Quand je t’ai fait visiter Centennial Park
L’enfer fut le voyage, mais il m’a menée au paradis
Refrain final
Le temps, merveilleux temps
M’a donné le blues puis des ciels rose-violet
Et c’est cool, bébé, avec moi
Et n’est-ce pas si beau de penser
Quand il y avait, depuis le début, un
fil invisible
qui te liait à moi ?
Sources et ressources
- Invisible String, Wikipedia
- Le fil rouge du destin, Wikipedia
- Paroles sur Genius
- Critique Rolling Stone
- Jane Eyre, chapitre XXIII, Charlotte Brontë
- Lac Windermere, Wikipedia
Chansons en écho
All Too Well, The Alchemy, Opalite, Daylight, End Game, Dress, Delicate, Dancing with Our Hands Tied, All of the Girls You Loved Before, Mastermind, The Prophecy, Karma, Timeless, the lakes, Bad Blood, Lover, Cornelia Street
Références citées dans l’épisode
Anastasia (Fox, 1997), Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll, Jane Eyre, Charlotte Brontë
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