mad woman

Analyse : mad woman, folklore, Taylor Swift

Introduction

mad woman est l’une des chansons les plus puissantes et les plus politiques de Taylor Swift. Une chanson qui parle de colère refoulée, de manipulation mentale, et de la façon dont les femmes sont étiquetées « folles » quand elles osent dire non. Avec sa voix douce et son piano glacial, Taylor Swift transforme la rage en poésie.

Taylor Swift a expliqué la genèse de cette chanson : en entendant pour la première fois le motif au piano composé par Aaron Dessner, elle a immédiatement ressenti « des cordes menaçantes en dessous », et s’est dit qu’il fallait en faire une chanson sur la rage féminine. Elle explique que l’élément le plus rageant d’être une femme, c’est la manipulation mentale qui survient quand on est censée absorber en silence le comportement masculin, pendant des siècles. Souvent, quand une femme réagit à un comportement inapproprié, c’est sa réaction elle-même qui est traitée comme l’offense.

Production

La chanson est produite par Aaron Dessner, écrite par Taylor Swift et lui. Mad Woman est une ballade sentimentale aux accents de piano, de cordes et de guitare. Inspirée par le différend qui a opposé Taylor Swift à l’homme d’affaires Scooter Braun en 2019 au sujet des droits d’auteur de son album, la chanson aborde le double standard sexiste, la manipulation mentale, le sexisme, la misogynie intériorisée et le tabou qui entoure la colère des femmes.

Presse

Rolling Stone souligne le vers « Ils disent ‘passe à autre chose’, mais tu sais que je ne le ferai pas » et note que Taylor Swift a toujours eu un don pour les chansons sur les femmes impénitentes. Meilleur vers, selon le magazine : « Les femmes aiment aussi chasser les sorcières, faire le sale boulot pour toi, c’est évident que vouloir ma mort vous a vraiment rapprochés. »

Analyse

Couplet 1

What did you think I’d say to that?
Does a scorpion sting when fighting back?
They strike to kill, and you know I will
You know I will

Qu’est-ce que tu croyais que j’allais répondre à cela ?
Est-ce qu’un scorpion pique quand il se défend ?
Ils frappent pour tuer, et tu sais que je le ferai
Tu sais que je le ferai

D’emblée, la narratrice s’adresse à quelqu’un qui lui a fait du tort, et qui semble surpris qu’elle ait réagi. Elle se compare à un scorpion : dans la symbolique anglo-saxonne, les scorpions représentent la force, le mystère et un sain respect des limites. Calmes et respectueux envers les autres créatures, ils ne sont provoqués que lorsqu’ils le sont vraiment, mais démontrent alors toute leur maîtrise de l’autodéfense.

What do you sing on your drive home?
Do you see my face in the neighbor’s lawn?
Does she smile?
Or does she mouth, « Fuck you forever »?

Qu’est-ce que tu chantes en rentrant chez toi ?
Est-ce que tu vois mon visage dans le jardin de la voisine ?
Est-ce qu’elle sourit ?
Ou est-ce qu’elle murmure : « Va te faire foutre pour toujours » ?

« Qu’est-ce que tu chantes en rentrant chez toi » pourrait être un clin d’œil à l’affaire des masters, ces chansons littéralement volées. Le vers suivant traduit un désir de hanter : j’ai envie que tu penses à moi tout le temps, que tu regrettes. Rien n’est réparable entre nous, même si un jour le litige se résout.

Pré-refrain

Every time you call me crazy, I get more crazy
What about that?
And when you say I seem angry, I get more angry

À chaque fois que tu me traites de folle, je deviens encore plus folle
Et alors ? Et quand tu dis que j’ai l’air en colère, je le deviens encore plus

Ce vers illustre le mécanisme où le groupe dominant utilise l’étiquette de « folie » pour discréditer toute contestation, ce qui accroît la frustration de la personne opprimée, justifiant rétroactivement l’étiquette initiale. On peut faire un lien avec Sexual Politics de Kate Millett : lorsqu’une femme dévie de la passivité attendue, ses actions sont pathologisées et étiquetées comme une « névrose », transformant une réaction politique en un défaut psychologique.

Refrain

And there’s nothing like a mad woman
What a shame she went mad
No one likes a mad woman
You made her like that

Et il n’y a rien de pire qu’une folle
Quel dommage qu’elle soit devenue folle
Personne n’aime les folles
C’est toi qui l’as rendue comme ça

Cette affirmation fait directement écho à l’argument de Kate Millett selon lequel le tempérament féminin n’est pas biologique, mais le résultat d’une socialisation et d’un conditionnement imposés par la structure patriarcale. « Tu l’as rendue comme ça » : c’est ce conditionnement, ce fonctionnement sociétal, qui rend la femme folle, et de surcroît, folle de rage.

Ce refrain fait écho à The Man, où Taylor Swift chante que ses propres ambitions feraient d’elle un « leader intrépide » si elle était un homme, mais qu’une femme au même caractère est simplement qualifiée d’hystérique. Ce thème traverse sa discographie : dans Picture to Burn déjà, elle anticipait qu’on la traiterait d’« obsessive and crazy » après une rupture ; dans I Bet You Think About Me, elle imaginait qu’on la jugerait « insane » pour avoir écrit une chanson sur quelqu’un.

Ce passage renvoie aussi à toute une tradition littéraire de la « femme folle » : dans Rebecca de Daphné du Maurier, une femme au caractère affirmé et indépendant est jugée dangereuse et finit éliminée du récit ; dans Jane Eyre de Charlotte Brontë, la première épouse de Mr Rochester est enfermée dans un grenier, qualifiée de folle sans qu’on lui laisse jamais la parole. Des chercheuses comme Sandra Gilbert et Susan Gubar voient dans cette figure de la « femme folle au grenier » une métaphore de la rage féminine contre le patriarcat.

Couplet 2

Now I breathe flames each time I talk
My cannons all firin’ at your yacht
They say, « Move on, » but you know I won’t

Maintenant, je crache du feu à chaque fois que je parle
Mes canons tirent tous sur ton yacht
Ils disent : « Passe à autre chose », mais tu sais que je ne le ferai pas

Face à l’oppression, la « mad woman » choisit la riposte. Quand les autres lui disent de passer à autre chose, c’est la réponse attendue du monde : sois gentille, arrête de te battre pour ça, c’est peine perdue. Mais elle refuse.

And women like hunting witches too
Doing your dirtiest work for you
It’s obvious that wanting me dead
Has really brought you two together

Et les femmes aiment aussi chasser les sorcières
Elles font le sale boulot pour toi
C’est évident que vouloir ma mort
Vous a vraiment rapprochés

Taylor Swift mentionne ici que les hommes utilisent d’autres femmes pour faire leur « sale boulot », renforçant l’idée d’un système où certaines femmes acceptent leur statut inférieur pour obtenir une sécurité relative, un mécanisme que Kate Millett explore à travers les figures féminines qui préfèrent la sécurité aux côtés du pouvoir plutôt que la solidarité entre femmes.

Pré-refrain et refrain

Every time you call me crazy, I get more crazy
What about that?
And when you say I seem angry, I get more angry

À chaque fois que tu me traites de folle, je deviens encore plus folle
Et alors ? Et quand tu dis que j’ai l’air en colère, je le suis encore plus

And there’s nothing like a mad woman
What a shame she went mad
No one likes a mad woman
You made her like that
And you’ll poke that bear ’til her claws come out
And you find something to wrap your noose around
And there’s nothing like a mad woman

Et il n’y a rien de pire qu’une folle
Quel dommage qu’elle soit devenue folle
Personne n’aime les folles
C’est toi qui l’as rendue comme ça
Et tu vas la provoquer jusqu’à ce qu’elle sorte les griffes
Et tu trouveras bien quelque chose à pendre
Et il n’y a rien de pire qu’une folle

Le vers « tu trouveras bien quelque chose à pendre » joue sur l’image du nœud coulant : plus on tire, plus l’objet est serré. La narratrice le titille jusqu’à ce qu’elle riposte, mais lui a déjà en tête ce à quoi il va s’accrocher pour retourner la situation contre elle. Et ce quelque chose, c’est justement l’étiquette de « femme folle » : rien de tel pour discréditer une femme, lui faire perdre la face face à un public ou des investisseurs.

Pont

I’m taking my time, taking my time
‘Cause you took everything from me
Watching you climb, watching you climb
Over people like me

Je prends mon temps, je prends mon temps
Parce que tu m’as tout pris
Je te regarde grimper, te regarde grimper
Au-dessus de gens comme moi

Un écho direct à Karma, où elle chante que le karma finit toujours par rattraper ceux qui piétinent les autres pour arriver au sommet. Ici, la narratrice observe, patiente, consciente que le temps joue en sa faveur.

The master of spin has a couple side flings
Good wives always know
She should be mad, should be scathing like me, but
No one likes a mad woman

Le maître de la manipulation a quelques aventures
Les bonnes épouses le savent toujours
Elle devrait être en colère, devrait être mordante comme moi, mais
Personne n’aime les folles

Le « master of spin », littéralement le maître du retournement, incarne un double standard : il conserve son prestige malgré ses infidélités, tandis que la femme trompée est censée savoir et se taire, rester dans la case de l’épouse sage qui sourit poliment. Ce thème est aussi présent dans The Man, où les conquêtes d’un homme font de lui un « boss », tandis que les mêmes actions rendraient une femme « folle » ou irrespectueuse.

Outro

What a shame she went mad
You made her like that

Quel dommage qu’elle soit devenue folle
C’est toi qui l’as rendue comme ça

La chanson se referme sur ces deux vers, comme un dernier rappel : la « folie » de la femme n’est jamais spontanée, elle est le produit d’un système et d’un traitement. Le renoncement à la docilité est ici la première étape d’une véritable révolution : la colère de la « mad woman » n’est plus une simple émotion, mais une réponse politique à la dépossession de son identité et de ses biens.

Conclusion

Le patriarche, le « master of spin », accuse la narratrice d’être dangereuse par ses actions ou ses mots, mais il oublie que c’est l’enfermement initial et le refus de sa voix qui ont transformé son besoin de liberté en désir de « souffler des flammes ». Elle n’est pas folle par nature : elle est politiquement éveillée par la douleur.

Si The Man décrit le plafond de verre, cet obstacle invisible mais infranchissable dû aux préjugés, mad woman est le son du verre qui se brise lorsqu’une femme décide de ne plus essayer de le franchir poliment, mais de tout incendier. Dans le premier cas, elle s’interroge sur l’injustice du système ; dans le second, elle devient le miroir déformant que le patriarcat lui tend depuis toujours.

Traduction

Couplet 1

Qu’est-ce que tu croyais que j’allais répondre ?
Est-ce qu’un scorpion pique quand il se défend ?
Ils frappent pour tuer, et tu sais que je le ferai
Tu sais que je le ferai
Qu’est-ce que tu chantes en rentrant chez toi ?
Est-ce que tu vois mon visage dans le jardin de la voisine ?
Est-ce qu’elle sourit ?
Ou est-ce qu’elle murmure : « Va te faire foutre pour toujours » ?

Pré-refrain

À chaque fois que tu me traites de folle, je deviens encore plus folle
Et alors ? Et quand tu dis que j’ai l’air en colère, je le deviens encore plus

Refrain

Et il n’y a rien de pire qu’une folle
Quel dommage qu’elle soit devenue folle
Personne n’aime les folles
C’est toi qui l’as rendue comme ça
Et tu vas la provoquer jusqu’à ce qu’elle sorte les griffes
Et tu trouveras bien quelque chose à pendre
Et il n’y a rien de pire qu’une folle

Couplet 2

Maintenant, je crache du feu à chaque fois que je parle
Mes canons tirent tous sur ton yacht
Ils disent : « Passe à autre chose », mais tu sais que je ne le ferai pas
Et les femmes aiment aussi chasser les sorcières
Elles font le sale boulot pour toi
C’est évident que vouloir ma mort
Vous a vraiment rapprochés

Pré-refrain

À chaque fois que tu me traites de folle, je deviens encore plus folle
Et alors ? Et quand tu dis que j’ai l’air en colère, je le suis encore plus

Refrain

Et il n’y a rien de pire qu’une folle
Quel dommage qu’elle soit devenue folle
Personne n’aime les folles
C’est toi qui l’as rendue comme ça
Et tu vas la provoquer jusqu’à ce qu’elle sorte les griffes
Et tu trouveras bien quelque chose à pendre
Et il n’y a rien de pire qu’une folle

Pont

Je prends mon temps, je prends mon temps
Parce que tu m’as tout pris
Je te regarde grimper, te regarde grimper
Au-dessus de gens comme moi
Le maître de la manipulation a quelques aventures
Les bonnes épouses le savent toujours
Elle devrait être en colère, devrait être mordante comme moi, mais
Personne n’aime les folles

Outro

Quel dommage qu’elle soit devenue folle
C’est toi qui l’as rendue comme ça

Sources et ressources

Chansons en écho

The Man, Picture to Burn, I Bet You Think About Me, the last great american dynasty, Karma, Who’s Afraid of Little Old Me?

Références citées dans l’épisode

Rebecca, Daphné du Maurier, Jane Eyre, Charlotte Brontë, The Yellow Wallpaper, Charlotte Perkins Gilman, Mad Men (série télévisée), Sexual Politics, Kate Millett

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