evermore

evermore, la sœur d’automne de folklore

Lien vers chaque analyse de l’album evermore de Taylor Swift

01 willow
02 champagne problems
03 gold rush
04 ’tis the damn season
05 tolerate it
06 no body, no crime (feat. HAIM)
07 happiness
08 dorothea
09 coney island (feat. The National)
10 ivy
11 cowboy like me
12 long story short
13 marjorie
14 closure
15 evermore (feat. Bon Iver)
BONUS : right where you left me
BONUS : it’s time to go

Contexte de sortie de l’album

Début septembre 2020, Taylor, Aaron Dessner et Jack Antonoff se sont mis en quarantaine pendant deux semaines avant de se retrouver au mythique studio Long Pond d’Aaron, dans la vallée de l’Hudson, à New York. Le plan initial était simple : filmer un concert de l’intégralité de l’album folklore. Mais comme souvent avec Taylor et ses collaborateurs, la créativité a pris le dessus. « Elle est restée après la fin du tournage et on a enregistré plein de choses », se souvient Aaron. « C’était fou, parce qu’on se préparait à faire ce film, mais en même temps, les chansons s’accumulaient. Alors on s’est dit : “Tiens, et si on restait et qu’on travaillait dessus ?” »

Cet automne-là, Taylor et Joe sont retournés au Royaume-Uni, où ils vivaient déjà ensemble avant le confinement. Dans la campagne anglaise, près de Londres, elle a enregistré une autre partie importante de ses voix pour des chansons qui figureraient sur evermore, dans le studio isolé de Marcus Mumford, qui a lui-même contribué aux chœurs de « cowboy like me ». Si ces brefs moments passés ensemble ont apporté une certaine stabilité au processus créatif, evermore, à l’instar de son prédécesseur, a été en grande partie façonné par une collaboration à distance. Justin Vernon de Bon Iver est revenu en tant qu’artiste invité et co-auteur, renforçant ainsi son rôle dans l’évolution du son alternatif de Taylor. Pourtant, chose étonnante, les deux ne s’étaient jamais rencontrés en personne. « Je n’ai toujours pas été dans la même pièce que Justin Vernon, qui a pourtant largement collaboré à deux albums », a déclaré Taylor. « On a discuté, mais on ne s’est jamais vus. C’est assez incroyable. »

Le 22 novembre 2020, en pleine deuxième vague de Covid-19 et deuxième confinement en France, Taylor Swift laisse planer le mystère sur les réseaux sociaux. Puis, le 10 décembre 2020, moins d’un mois après et cinq mois après l’annonce de folklore, elle annonce la sortie de son neuvième album studio : « Je suis ravie de vous annoncer que mon neuvième album studio, le pendant de folklore, sort ce soir à minuit, heure de l’Est. Il s’intitule evermore. Pour faire simple, nous n’arrivions pas à nous arrêter d’écrire des chansons. Pour l’exprimer plus poétiquement, c’est comme si nous étions à la lisière d’une forêt folklorique, face à un choix : rebrousser chemin ou nous aventurer plus profondément dans cet univers musical. Nous avons choisi de nous y enfoncer. Je n’avais jamais fait ça auparavant. Avant, je considérais chaque album comme une ère à part entière et je passais à la planification du suivant une fois l’album sorti. Avec folklore, c’était différent. En le créant, j’avais moins l’impression de partir que de revenir. J’ai adoré l’évasion que m’offraient ces contes, à la fois imaginaires et réels. J’ai adoré la façon dont vous avez accueilli ces paysages oniriques, ces tragédies et ces récits épiques d’amour perdu et retrouvé dans vos vies. Alors j’ai continué à les écrire. J’ai adoré composer ces chansons avec Aaron Dessner, Jack Antonoff, WB et Justin Vernon. Nous avons également accueilli de nouveaux (et d’anciens) amis à notre table musicale cette fois-ci… »

WB, c’est William Bowery, le pseudonyme sous lequel Joe Alwyn a co-écrit plusieurs chansons dès l’ère folklore. Elle confiera plus tard : « J’ai cette drôle de manie : quand je crée quelque chose, pour créer le suivant, je m’attaque en quelque sorte mentalement au précédent. Je n’aime pas trop faire ça, mais c’est ce qui me permet de me plonger dans un univers différent à chaque album. Mais celui-ci, je l’adore. J’en suis tellement fière. C’est donc très inhabituel pour moi. Ce n’est pas une expérience habituelle pour la sortie d’albums. »

Presse et médias

Le Guardian consacre une critique élogieuse à l’album, soulignant que ceux qui ont le sentiment d’avoir sous-exploité le temps libre inattendu de 2020 devraient éviter le prologue que Taylor Swift a écrit pour l’accompagner. Le journal rappelle qu’après avoir déjà produit un album à succès pendant son confinement lié à la Covid-19, folklore, sorti en juillet, Swift et ses collaborateurs, parmi lesquels Aaron Dessner de The National, Justin Vernon de Bon Iver, Jack Antonoff et Joe Alwyn, n’ont pas pu s’empêcher d’écrire d’autres chansons.

« On avait l’impression d’être au bord de la forêt folklorique, face à un choix : rebrousser chemin ou s’enfoncer davantage dans cette musique », écrit-elle. « On a choisi d’aller plus loin. »

Le résultat n’est pas une compilation de chutes de studio et de démos, mais un album abouti d’une heure, aux sonorités feutrées et organiques : guitares acoustiques jouées aux doigts, piano aux accents mélancoliques et tourbillonnants, guitares électriques flirtant avec la saturation, nappes de synthétiseur chaudes et vaporeuses, mandoline. evermore poursuit avec brio le travail amorcé par folklore, éloignant Swift de la pop mainstream pour l’emmener vers des territoires plus rock alternatifs, une transition plus douce et naturelle que pour certains de ses contemporains.

Composition et production

Parmi les nouveaux noms qui rejoignent l’aventure : HAIM, présentes sur no body no crime, et Bryce Dessner, le frère jumeau d’Aaron et membre de The National comme lui, qui participe à l’écriture, à la production et aux chœurs de coney island. Sur closure, deux nouveaux producteurs font leur apparition : BJ Burton, qui avait déjà travaillé sur folklore mais pas en tant que producteur ou auteur, et James McAlister, avec qui Taylor ne collabore que sur ce titre.

Le reste de l’album reste porté par le trio Taylor Swift, Jack Antonoff et Aaron Dessner, complété ponctuellement par WB (Joe Alwyn) et Justin Vernon. On reste dans la folk onirique à laquelle folklore nous avait initiés : un album doux comme un plaid en automne, à regarder un film doudou qui se termine bien.

L’origine du nom « evermore »

Comme folklore, evermore est formé de deux mots assemblés : ever et more, « toujours » et « plus ». On peut y lire « toujours plus », mais aussi « plus que jamais ». Le dictionnaire Collins donne plusieurs définitions : au Royaume-Uni, « pour tout le temps à venir » ; aux États-Unis, « en permanence, pour toujours, pour l’éternité, désormais ». Ses synonymes : pour toujours, à jamais, éternellement. On y associe parfois le préfixe for, ce qui donne forevermore, une variante plus emphatique et plus émouvante.

Ce qui est intéressant, c’est que le mot contient littéralement folklore : evermore, c’est encore et pour toujours du folklore. En tant que suite de folklore, evermore en est donc la continuation naturelle, et le titre prendrait un tout autre sens s’il venait après une autre ère, puisqu’il la compléterait, elle aussi, « pour toujours ».

Le prologue de l’album

Taylor Swift a elle-même écrit le prologue de evermore, d’abord partagé sur Instagram, ici traduit en français :

« Pour être franche, on ne pouvait tout simplement pas s’arrêter d’écrire des chansons. Pour le dire plus poétiquement, c’était comme si on se trouvait à la lisière d’une forêt folklorique, face à un choix : rebrousser chemin ou s’enfoncer plus profondément dans cet univers musical. On a choisi de s’y aventurer, et mes collaborateurs et moi sommes fiers d’annoncer la sortie de mon neuvième album studio, le pendant, la sœur de folklore. Il s’appelle evermore.

Je n’avais jamais fait ça auparavant. Avant, je considérais chaque album comme une ère à part entière et je passais directement à la planification du suivant dès sa sortie. Avec folklore, c’était différent. En le créant, j’avais moins l’impression de partir que de revenir. J’adorais l’évasion que je trouvais dans ces contes, à la fois imaginaires et réels. J’adorais la façon dont vous accueilliez ces paysages oniriques, ces tragédies et ces épopées d’amour perdu et retrouvé. Alors j’ai continué à les écrire. J’ai adoré créer ces chansons avec Aaron Dessner, Jack Antonoff, WB et Justin Vernon. Nous avons également accueilli de nouveaux (et d’anciens) amis à notre table musicale cette fois-ci…

Avant même de m’en rendre compte, il y avait 17 histoires, certaines se faisant écho ou s’entrecroisant. Celle de deux jeunes escrocs qui tombent amoureux lors de séjours dans des hôtels de luxe, cherchant à soutirer de riches clients. Celle de deux amoureux de longue date, anciens camarades d’université, qui avaient des projets très différents pour la même soirée : l’un voulait rompre, l’autre avait apporté une bague. L’histoire de Dorothea, la jeune femme qui a quitté sa petite ville pour poursuivre ses rêves hollywoodiens, et ce qui se passe lorsqu’elle revient pour les fêtes et retrouve un ancien amour. Une anthologie de mariages qui tournent mal, avec infidélité, tolérance ambiguë et même meurtre. Le motif le plus noble : venger les victimes. La prise de conscience que le seul chemin vers la guérison est peut-être de souhaiter le bonheur à celui qui vous l’a volé. Une chanson avec ma grand-mère, Marjorie, qui me rend encore visite parfois… même si ce n’est qu’en rêve.

Je voulais vous faire la surprise de cette chanson la semaine de mon 31e anniversaire. Vous avez tous été si attentionnés, si présents et si prévenants pour mes anniversaires, alors cette fois-ci, je voulais vous offrir quelque chose ! Je sais aussi que les fêtes de fin d’année seront difficiles pour la plupart d’entre nous, et si certains d’entre vous, comme moi, se tournent vers la musique pour apaiser le manque de leurs proches, cette chanson est pour vous.

Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Je suis perdue face à beaucoup de choses ces temps-ci, alors je me raccroche à la seule chose qui me relie à vous tous. Cette chose, c’est la musique, depuis toujours.

Et puisse-t-elle continuer à jamais, evermore »

À souligner dans le prologue

« folklore’s sister record is here. It’s called evermore. » Taylor a présenté evermore comme la sœur jumelle de folklore : les deux pochettes, mises côte à côte, le confirment visuellement, folklore plus rangée, evermore aux branches partant dans tous les sens. Elle expliquera plus tard, lors d’un concert de l’Eras Tour, avoir toujours considéré les deux albums comme des sœurs jumelles : folklore représentant le printemps et l’été, evermore l’automne et l’hiver. Ensemble, ils forment son année 2020.

« Before I knew it there were 17 tales, some of which are mirrored or intersecting with one another. » Le prologue laisse entendre des liens entre les chansons de l’album, que l’analyse titre par titre permettra de mettre au jour : les deux jeunes escrocs amoureux de cowboy like me, les fiancés aux projets divergents de champagne problems, Dorothea et son retour au pays natal, l’anthologie des mariages qui tournent mal entre tolerate it et no body no crime, le duo happiness / closure autour du pardon comme chemin de guérison, et enfin marjorie, en hommage à sa grand-mère.

Classement personnel

Voici le classement personnel pré-analyse des 17 chansons de evermore, à comparer une fois l’analyse de chacune terminée :

  1. champagne problems
  2. marjorie
  3. cowboy like me
  4. willow
  5. long story short
  6. right where you left me
  7. no body, no crime (feat. HAIM)
  8. tolerate it
  9. happiness
  10. it’s time to go
  11. gold rush
  12. ’tis the damn season
  13. dorothea
  14. evermore (feat. Bon Iver)
  15. ivy
  16. coney island (feat. The National)
  17. closure

Conclusion

J’aimerais qu’on prenne un temps pour se rappeler du bouleversement que le Covid a été pour tout le monde, et pour une personne comme Taylor en particulier. Le seul point commun qu’on a avec des stars de son envergure, c’est peut-être bien le rapport émotionnel à la vie.

Et puis le Covid arrive, et tout ce qui était planifié est annulé, tout ce qui était attendu d’elle est mis en stand-by, sans savoir quelle sera son utilité et comment le monde va se transformer. Certes, au moment de evermore, on est bien enfoncés dans la pandémie, on commence à s’habituer à une certaine normalité, mais ça permet de comprendre encore davantage son rapport au monde, notamment à travers mirrorball, mais aussi dans le contexte de la sortie de folklore et evermore. Quelque part, elle ne savait plus tellement qui elle était dans tout ça, au moment du temps qui lui était donné pour une introspection sans contrainte, alors elle a continué à faire ce qu’elle savait faire. Dans la perte de repères, la solution a été de se raccrocher à ce qu’elle savait faire : raconter des histoires, les composer, planifier leur sortie, les partager avec le monde. Ceci, sans savoir si elle pourrait un jour les performer live, tant le futur était imprévisible.

Avec evermore, elle continue sur cette même lancée : elle ne part pas en programmation de tournée mondiale ni de promotion d’album, alors elle continue d’avancer, à moitié à l’aveugle, entourée des personnes qui l’avaient accompagnée dans la première phase. Et nous obtenons evermore.

Merci la vie.

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