Analyse : this is me trying, folklore, Taylor Swift
Avertissement : cet article aborde des sujets sensibles (santé mentale, pensées suicidaires, addiction). Prenez soin de vous en le lisant.
Sommaire
⏱️ Temps de lecture estimé : 12 minutes
Introduction
this is me trying, c’est littéralement « ça, c’est moi qui essaie ». Dans les Long Pond Studio Sessions, Taylor Swift expliquait avoir réfléchi à la dépendance : « Personne ne les félicite tous les jours, mais ils se battent constamment contre quelque chose. Alors, combien de fois une personne en proie à ce combat intérieur doit-elle avoir envie de crier à tout le monde : vous n’imaginez pas à quel point je suis proche de replonger dans les ténèbres. »
Jack Antonoff ajoutait : « Vous n’imaginez pas à quel point c’est dur d’arriver à ce que vous considérez encore comme insuffisant. » L’idée de faire de son mieux, d’essayer, est une chose que seul celui qui la vit comprend vraiment. Et c’est un sentiment d’isolement profond, ce qui est paradoxal, car c’est justement ce qui unit tant de personnes.
La thématique dépasse la seule addiction : ce qui résonne, ce sont les crises existentielles qui conduisent à se sentir isolé, mais aussi la résilience, la compassion et le sentiment de communauté qui naît lorsqu’on réalise combien ces paroles résonnent avec tant d’autres.
Production
Écrite et produite par Taylor Swift et Jack Antonoff, avec Joe Alwyn crédité en coproducteur, la chanson est un titre orchestral pop, dream pop et soft rock, porté par l’orgue, des rythmes lents et des cuivres.
Presse
Rolling Stone écrivait : « C’est la chanson de folklore la plus facile à sous-estimer, car elle semble d’une simplicité trompeuse. Mais comme dans Mirrorball, l’autre chanson de l’album où l’on essaie sans cesse, sa voix va droit au cœur. » Le média saluait notamment le vers « I was so ahead of the curve, the curve became a sphere » comme une démonstration d’écriture remarquable, et retenait comme meilleure phrase : « They told me all of my cages were mental, so I got wasted like all my potential. »
Analyse
Couplet 1
I’ve been having a hard time adjusting
I had the shiniest wheels, now they’re rusting
J’ai du mal à m’adapter ces derniers temps
J’avais les plus belles roues, maintenant elles rouillent
Les roues les plus brillantes symbolisent la réussite, l’apogée d’un moment de vie. La rouille qui les attaque évoque le temps qui passe, avec ses hauts et ses bas, qui nous éloigne parfois du sommet. Dans Bad Blood, elle chantait déjà : « Did you have to ruin what was shiny? Now it’s all rusted » (« Fallait-il que tu abîmes ce qui brillait ? Maintenant tout est rouillé »).
I didn’t know if you’d care if I came back
I have a lot of regrets about that
Je ne savais pas si ça te ferait quelque chose que je revienne
Je le regrette beaucoup
On ne sait pas si la relation évoquée est ancienne ou récente : on comprend seulement que la narratrice n’était pas certaine de vouloir, ou de pouvoir, y retourner. Dans le documentaire Miss Americana, Taylor Swift confiait à propos d’une période difficile : « Quand on cesse d’aimer quelqu’un, on ne peut rien y faire. Je voulais juste disparaître. Personne ne m’a vue pendant un an. Et je croyais que c’était ce qu’ils voulaient. »
Pulled the car off the road to the lookout
Could’ve followed my fears all the way down
J’ai garé la voiture sur le bas-côté, près du point de vue
J’aurais pu suivre mes peurs jusqu’au bout
Ce couplet est l’un des plus évoqués lorsqu’on parle de cette chanson : la narratrice s’arrête à un point de vue, en pleine détresse, et envisage un instant de suivre ses peurs « jusqu’au bout ». Mais le choix des temps est important : elle emploie le conditionnel passé, « j’aurais pu », ce qui signifie qu’elle ne l’a pas fait. Le titre de la chanson prend alors tout son sens : « this is me trying », « voici moi qui essaie ». Essayer, ici, ce n’est pas réussir parfaitement ni aller bien du premier coup : c’est simplement continuer à choisir de rester, jour après jour.
And maybe I don’t quite know what to say
But I’m here in your doorway
Et peut-être que je ne sais pas trop quoi dire
Mais je suis là, dans l’embrasure de ta porte
Après avoir envisagé le pire, la narratrice choisit finalement une autre direction : revenir. Elle n’a pas les mots parfaits, elle n’a pas de solution toute faite, mais elle est physiquement présente. C’est cette présence, imparfaite et hésitante, qui constitue déjà une forme de courage.
Refrain
I just wanted you to know that this is me trying
I just wanted you to know that this is me trying
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
C’est ce qu’elle dit quand la porte s’ouvre, sans être tout à fait sûre de ce qu’elle doit dire : sache que je fais de mon mieux, et que même si mon mieux semble insuffisant en ce moment, c’est tout ce dont je suis capable. « This is me trying » renvoie aussi aux quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz, dont l’un dit : toujours faire de son mieux, sachant que ce mieux varie d’une personne à l’autre, et d’un instant à l’autre.
Couplet 2
They told me all of my cages were mental
So I got wasted like all my potential
On m’a dit que toutes mes cages étaient dans ma tête
Alors je me suis gâchée, comme tout mon potentiel
On retrouve ici le thème de la dépression : « ils », qu’on peut imaginer être les proches ou les médecins, renvoient l’idée que ce sont nous-mêmes qui nous mettons des barrières. Les cages reviennent à plusieurs reprises dans la discographie de Taylor Swift, notamment dans I Know Places (1989), où elle chante : « They got the cages, they got the boxes and guns » (« Ils ont les cages, ils ont les boîtes et les fusils »). L’expression « got wasted » porte une double symbolique en anglais : se saouler, mais aussi gâcher. Je me suis saoulée et je me suis gâchée, comme j’ai gâché mon potentiel.
And my words shoot to kill when I’m mad
I have a lot of regrets about that
Et mes mots deviennent des armes quand je suis en colère
Je le regrette beaucoup
Un grand écho à Mad Woman, où elle chante : « They strike to kill, and you know I will » (« Ils frappent pour tuer, et tu sais que je le ferai »). Et surtout à Afterglow, qui explore en détail ce sentiment de tout casser dans un excès de colère, avant les regrets qui suivent.
I was so ahead of the curve, the curve became a sphere
Fell behind all my classmates and I ended up here
J’étais tellement en avance sur la courbe que la courbe est devenue une sphère
J’ai fini par prendre du retard sur tous mes camarades, et me voilà
« Ahead of the curve » signifie être en avance sur son temps. L’image est frappante : à force d’avancer trop vite, la trajectoire linéaire se transforme en boucle, en sphère, une compétition avec soi-même qui finit par faire du surplace, voire par faire perdre pied.
Pouring out my heart to a stranger
But I didn’t pour the whiskey
En train d’ouvrir mon cœur à un inconnu
Mais sans verser une goutte de whisky
La narratrice se confie à un inconnu, sans doute un barman, mais précise aussitôt qu’elle n’a pas bu. Un détail qui prend son sens en résonance avec d’autres titres de la discographie, comme Dear Reader (« my fourth drink in my hand ») ou Fortnight (« I was a functioning alcoholic »). Ce n’est pas une confession d’alcoolisme, mais une manière de pointer, en creux, vers la difficulté de gérer un mal-être sans se réfugier dans une substance, et le fait de ne pas boire, ici, est déjà une petite victoire.
Refrain et post-refrain
I just wanted you to know that this is me trying
I just wanted you to know that this is me trying
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
At least I’m trying
Au moins, j’essaie
Le refrain revient à l’identique, comme une litanie, avant ce court post-refrain qui résume toute la chanson en quatre mots : « au moins, j’essaie ». Une phrase minimaliste qui porte pourtant toute la dignité de l’effort, quand bien même le résultat reste imparfait.
Pont
And it’s hard to be at a party when I feel like an open wound
It’s hard to be anywhere these days when all I want is you
Et c’est difficile d’être à une fête quand je me sens comme une plaie à vif
C’est difficile d’être n’importe où, ces temps-ci, quand tout ce que je veux, c’est toi
L’isolement social devient ici presque physique : la narratrice se compare à une plaie ouverte, incapable de supporter le monde extérieur tant la douleur est vive.
You’re a flashback in a film reel on the one screen in my town
Tu es comme un flash-back d’un film projeté sur l’unique écran de ma ville
Une image saisissante : l’être aimé devient une scène de film, projetée en boucle sur l’unique écran d’esprit disponible, celui de « sa ville ». La rumination amplifiée par la dépression tourne en boucle, sans autre salle où se réfugier. Cette imagerie du film fait écho à Exile (« I think I’ve seen this film before, and I didn’t like the ending »), à The 1 (« you know the greatest films of all time were never made ») et à Hoax (« you knew the hero died, so what’s the movie for? »).
Refrain final et outro
And I just wanted you to know that this is me trying
(And maybe I don’t quite know what to say)
I just wanted you to know that this is me trying
Et je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
(Et peut-être que je ne sais pas vraiment quoi dire)
Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui fais un effort
At least I’m trying
Au moins, j’essaie
Conclusion
This Is Me Trying nous laisse avec une leçon d’humanité essentielle : parfois, essayer est déjà une victoire en soi. Cette chanson nous rappelle que derrière chaque personne qui semble échouer, il y a un combat invisible que nous ne voyons pas. Ces batailles intérieures ne se gagnent pas en un jour, mais seconde par seconde, heure par heure. Et chaque instant où l’on résiste, où l’on choisit de frapper à une porte plutôt que de se laisser engloutir, c’est déjà extraordinaire.
Taylor Swift, avec Jack Antonoff, a réussi à capturer cette vulnérabilité brute dans une production orchestrale qui enveloppe de douceur tout en confrontant à une douleur vertigineuse. Ce qui rend cette chanson universelle, c’est qu’elle dépasse largement le cadre de l’addiction : elle parle à tous ceux qui ont eu l’impression de ne jamais être à la hauteur, de voir leurs roues brillantes se transformer en rouille, de perdre pied alors qu’ils étaient censés exceller.
Et le plus beau dans tout ça, c’est que cette chanson crée précisément ce qu’elle décrit : un sentiment de communauté. En l’écoutant, on réalise qu’on n’est pas seul à se sentir seul. « At least I’m trying », au moins, j’essaie. Ces quatre mots contiennent toute la dignité de la condition humaine. Prenez soin de vous, prenez soin des autres, et si vous essayez, vraiment, alors vous faites déjà quelque chose d’immense.
Si cette chanson ou cet article résonnent particulièrement avec ce que vous traversez, n’hésitez pas à en parler à un proche ou à un professionnel de santé. En France, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) est gratuit, confidentiel et disponible 24h/24.
Traduction
Couplet 1
J’ai du mal à m’adapter ces derniers temps
J’avais les plus belles roues, maintenant elles rouillent
Je ne savais pas si ça te ferait quelque chose que je revienne
Je le regrette beaucoup
J’ai garé la voiture au belvédère
J’aurais pu laisser mes peurs m’entraîner tout au fond
Et peut-être que je ne sais pas vraiment quoi dire
Mais je suis là, devant ta porte
Refrain
Je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
Je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
Couplet 2
On m’a dit que toutes mes cages étaient dans ma tête
Alors je me suis gâchée, comme tout mon potentiel
Et mes mots deviennent des armes quand je suis en colère
Je le regrette beaucoup
J’étais tellement en avance sur la courbe que la courbe est devenue une sphère
J’ai fini par prendre du retard sur tous mes camarades, et me voilà
En train d’ouvrir mon cœur à un inconnu
Mais sans verser une goutte de whisky
Refrain
Je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
Je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
Post-refrain
Au moins, j’essaie
Pont
Et c’est difficile d’être à une fête quand je me sens comme une plaie à vif
C’est difficile d’être n’importe où, ces temps-ci, quand tout ce que je veux, c’est toi
Tu es comme un flash-back d’un film projeté sur l’unique écran de ma ville
Refrain final
Et je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
(Et peut-être que je ne sais pas vraiment quoi dire)
Je voulais juste que tu saches que ça, c’est moi qui essaie
Outro
Au moins, j’essaie
Sources et ressources
- This Is Me Trying, Wikipedia
- Paroles sur Genius
- Critique Rolling Stone
- Définition : « ahead of the curve »
- Black Roses (Nashville), Paroles
Chansons en écho
Afterglow, I Know Places, Black Roses (Nashville), Red, The 1, Hoax, Exile, Mad Woman, Dear Reader, Fortnight, Bad Blood
Références citées dans l’épisode
Don Miguel Ruiz, Les Quatre Accords toltèques
Besoin d’en parler ?
3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et disponible 24h/24, 7j/7.
Découvrez aussi
- Piste précédente : august
- Piste suivante : illicit affairs
- Toutes les analyses de folklore
