Triangle folklorien : initial

Triangle folklorien : cardigan, august, betty

Sommaire

⏱ Temps de lecture estimé : 18 minutes

Introduction

Sur folklore, Taylor Swift a construit ce qu’elle a elle-même surnommé le « triangle amoureux adolescent » : trois chansons, trois perspectives différentes, une seule histoire. August, Cardigan et Betty racontent, chacune depuis un point de vue distinct, la même relation à trois : celle d’un adolescent nommé James, tiraillé entre Betty, la relation stable, et Augustine (ou Augusta), la fille avec qui il vit une aventure d’été.

Cette série d’articles propose de décortiquer ce triangle en cinq volets : ce premier épisode consacré au trio initial (August, Cardigan, Betty), puis l’inclusion possible de The 1, la question de Peter et d’Illicit Affairs, et enfin l’hypothèse d’un triangle qui se répéterait vingt ans plus tard.

Avant d’aller plus loin, voici le point de départ de la réflexion : le trio connu est composé d’August, Cardigan et Betty. On peut y ajouter The 1, qui semble raconter la même histoire des années plus tard depuis le point de vue d’Augustine. Certaines personnes ajoutent aussi Illicit Affairs, mais cette chanson paraît trop mature pour s’immiscer dans un quotidien adolescent. D’autres estiment que Peter, de The Tortured Poets Department, serait en lien direct avec le trio, ce n’est pas la lecture retenue ici. Un dernier volet imaginera enfin un triangle qui se répète des années plus tard, comme suggéré par un auditeur du podcast.

Presse

Le Daily Collegian écrivait à propos de folklore : « Les thèmes récurrents dans les textes de Taylor Swift, qui lui ont valu des critiques en début de carrière, sont au cœur de folklore. Contes de fées, amours de lycée et ruptures mélodramatiques abondent sur l’album, mais abordés avec une maturité nouvelle. Un trio de chansons, que Swift a surnommé le « triangle amoureux adolescent », raconte une histoire à travers trois perspectives différentes, quoique tout aussi touchantes. Cardigan, le premier single et l’un des titres de ce triangle amoureux, est une réflexion rétrospective : chaque vers est doux-amer, chaque nouveau couplet s’orientant de plus en plus vers la mélancolie. »

Analyse

August, le point de vue d’Augustine

August est le personnage oublié de cette histoire : celui qui n’a même pas de nom propre, si ce n’est Augustine ou Augusta, dérivé du titre de la chanson. Taylor Swift disait d’elle : « August, c’était la fille avec qui James avait eu une aventure d’été. Elle a l’air d’une fille sans scrupules, mais elle ne l’est pas. C’est une personne très sensible qui est tombée amoureuse de lui. Et elle voulait avoir l’air cool et indifférente, parce que c’est ce que font les filles. » L’idée d’une « méchante » qui volerait le petit ami de quelqu’un d’autre est donc un mythe : ce n’est généralement pas aussi simple.

But I can see us lost in the memory / August slipped away into a moment in time / ‘Cause it was never mine
Mais je nous vois perdus dans le souvenir / Août s’est évanoui en un moment dans le temps / Parce qu’il n’a jamais été à moi.

L’amour d’été s’est retrouvé encapsulé dans un souvenir aussi vite parce qu’il n’a jamais vraiment lui appartenu, ni la relation, ni James lui-même. C’est l’aveu implicite du triangle amoureux : James dira plus tard à Betty que ce n’était « qu’un flirt d’été », qu’il ne signifiait rien puisque c’est à elle qu’il pensait tout ce temps.

I remember thinkin’ I had you
Je me souviens d’avoir cru que je t’avais.

Un écho à Mad Woman (« you made her like that »). Une adolescente qui se questionne, après coup, en se disant que tout était peut-être dans sa tête. Mais la réalité, c’est qu’ils ont vraiment passé du temps ensemble, sur la plage, derrière le centre commercial, et qu’il a tout effacé d’un revers en disant à Betty que ce n’était qu’un flirt d’été. On n’invente pas des relations : on peut se faire miroiter des choses, puis, quand l’autre arrête de donner des nouvelles, se convaincre après coup que rien n’a jamais existé.

To live for the hope of it all / Cancel plans just in case you’d call / And say, « Meet me behind the mall »
Vivre dans l’espoir de tout ça / Annuler des plans, au cas où tu appellerais / Et dirais : « Retrouve-moi derrière le centre commercial ».

Elle vivait dans l’espoir que leur relation secondaire devienne principale, prête à tout annuler pour la moindre chance qu’il l’appelle.

‘Cause you were never mine / Never mine / But do you remember?
Parce que tu n’as jamais été à moi / Jamais à moi / Mais tu t’en souviens ?

Une prise de recul et de maturité : certes il ne lui appartenait pas, mais elle lui demande d’être honnête deux minutes, de se souvenir de ce qu’ils ont vraiment vécu, le « get in the car » qui fait directement écho au pont de Betty, lorsque James raconte comment Augustine l’a interpellé : « She said, « James, get in, let’s drive. » »

Cardigan, le point de vue de Betty

Taylor Swift racontait dans la Long Pond Studio Session : « Cardigan, c’est le point de vue de Betty, vingt à trente ans plus tard, sur cette histoire d’amour tumultueuse. Dans mon esprit, Betty et James finissent ensemble, mais il lui a vraiment fait vivre un enfer. »

Vintage tee, brand new phone / High heels on cobblestones / When you are young, they assume you know nothing
Tee-shirt vintage, téléphone tout neuf / En talons sur les pavés / Quand tu es jeune, on suppose que tu ne sais rien.

On ressent ces vers différemment sachant qu’il s’agit du regard de Betty, vingt à trente ans plus tard : ce regard rétrospectif sur ce qui était déjà vrai à l’époque, et qui l’est encore aujourd’hui.

And when I felt like I was an old cardigan / Under someone’s bed / You put me on and said I was your favorite
Et quand je me sentais comme un vieux cardigan / Perdu sous un lit / Tu m’as repris, tu m’as dit que j’étais ta préférée.

A friend to all is a friend to none / Chase two girls, lose the one
L’ami de tous n’est l’ami de personne / À courir deux filles, on perd celle qu’on avait.

À force de la tromper, il l’a perdue, même si l’on sait que James a fini par choisir Betty et qu’elle l’a repris. Ce vers contraste directement avec The 1, la chanson du point de vue d’Augustine, dans laquelle elle repense à cette relation en se disant que ça aurait été bien s’il avait été « the one ».

‘Cause I knew you / Tried to change the ending / Peter losing Wendy, I
Car je te connaissais / Tu voulais changer la fin / Peter perdant Wendy.

La fin qu’il voulait changer, c’est celle où il perd Betty. Elle les compare à Peter et Wendy : Peter, l’éternel enfant qui refuse de grandir, et Wendy, qui choisit de rentrer à la maison. Pour ne pas perdre Wendy, Peter doit accepter de grandir lui aussi, un peu comme James doit choisir de revenir dans le monde réel, quitter son « pays imaginaire ».

But I knew you’d linger like a tattoo kiss / I knew you’d haunt all of my what-ifs
Mais je savais que tu resterais, comme un baiser tatoué / Que tu hanterais tous mes « et si ».

Betty savait, jeune, que si James ne revenait pas, elle se demanderait toujours ce qu’il serait advenu s’il était revenu. Des années plus tard, c’est Augustine qui, dans The 1, se pose cette même question, comme une prophétie pensée par l’une pour elle-même et réalisée chez l’autre. Toutes deux ont vécu quelque chose de vrai avec James ; mais à courir deux filles, on en perd forcément une.

Betty, le point de vue de James

Betty, ce sont les excuses d’un adolescent qui a perdu l’amour de sa vie à cause de sa propre bêtise.

Betty, I won’t make assumptions / About why you switched your homeroom, but / I think it’s ’cause of me
Betty, je ne vais pas faire de suppositions / Sur la raison pour laquelle tu as changé de classe, mais / Je pense que c’est à cause de moi.

C’est à cause de lui, en effet : il est parti avec une autre fille, a passé l’été avec elle, et revient en pensant que tout redeviendra comme avant.

You heard the rumors from Inez / You can’t believe a word she says / Most times, but this time, it was true / The worst thing that I ever did / Was what I did to you
Tu as entendu la rumeur d’Inez / La plupart du temps tu ne peux pas croire un mot de ce qu’elle raconte / Mais cette fois, c’était vrai / Le pire truc que j’ai fait / C’est ce que je t’ai fait, à toi.

I was walking home on broken cobblestones / Just thinking of you when she pulled up like / A figment of my worst intentions / She said, « James, get in, let’s drive »
Je rentrais à pied sur des pavés cassés / Pensant à toi quand elle s’est arrêtée, comme / Le fantasme de mes pires intentions / Elle a dit : « James, monte, on roule. »

Elle s’est présentée, et il aurait pu dire non. Il a choisi de monter dans cette voiture et de passer l’été avec elle, à dix-sept ans, on est assez grand pour dire non.

If you kiss me, will it be just like I dreamed it? / Will it patch your broken wings? / I’m only seventeen, I don’t know anything / But I know I miss you
Si tu m’embrasses, sera-ce comme je l’ai rêvé ? / Cela réparera-t-il tes ailes brisées ? / Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien / Mais je sais que tu me manques.

Betty finit par le reprendre, mais tout finit-il vraiment bien ? Peut-être que James avait besoin d’Augustine pour se rendre compte qu’il voulait Betty ; dans ce cas, il aurait dû rompre avec elle au moment de ses doutes, plutôt que de mener les deux relations en parallèle.

Cet épisode se termine sur un extrait d’un reportage d’Arte consacré au comportement égoïste, qui explique qu’un cortex préfrontal encore en développement, celui des adolescents jusqu’à environ vingt-cinq ans, favorise des comportements plus égocentriques. Une explication partielle, à prendre avec des pincettes, mais qui éclaire un peu la bêtise de James à dix-sept ans.

Conclusion

Trois chansons, trois perspectives, une seule histoire : August, la fille « de l’autre côté » qui n’était pas une méchante ; Cardigan, le regard de Betty vingt à trente ans plus tard sur des cicatrices qui n’ont jamais totalement guéri ; Betty, les excuses maladroites d’un adolescent de dix-sept ans qui a couru deux filles et a bien failli les perdre toutes les deux.

Ce qui frappe surtout, c’est le parallèle entre Augustine et Betty : toutes deux vivent, à des moments différents, le même sentiment de « et si », Betty l’imagine à dix-sept ans si James ne revient pas, Augustine le vit réellement des années plus tard dans The 1, une fois qu’il a fait son choix. Comme une prophétie que l’une a pensée pour elle-même, et que l’autre a fini par vivre.

Le prochain épisode de cette série se penche justement sur la question : The 1 peut-elle être incluse dans le trio officiel ?

Traduction

August (Augustine)
Mais je nous vois perdus dans le souvenir
Août s’est évanoui en un moment dans le temps
Parce qu’il n’a jamais été à moi

Vivre dans l’espoir de tout ça
Annuler des plans, au cas où tu appellerais
Et dire : « Retrouve-moi derrière le centre commercial »

Cardigan (Betty, des années plus tard)
Tee-shirt vintage, téléphone tout neuf
En talons sur les pavés
Quand tu es jeune, on suppose que tu ne sais rien

L’ami de tous n’est l’ami de personne
À courir deux filles, on perd celle qu’on avait

Betty (James)
Betty, je ne vais pas faire de suppositions
Sur la raison pour laquelle tu as changé de classe, mais
Je pense que c’est à cause de moi

Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien
Mais je sais que tu me manques

Découvrez aussi

Ce triangle amoureux est raconté à travers trois chansons de folklore : « august », « cardigan » et « betty ». Poursuivez avec le volet suivant de cette série : Triangle folklorien : the 1, ou consultez toutes les analyses de folklore.

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