betty

Analyse : betty, folklore, Taylor Swift

Introduction

betty raconte le triangle amoureux de folklore du point de vue du coupable : celui qui a trahi, qui sait qu’il a tort, et qui se pointe quand même à la fête en espérant qu’on lui ouvrira la porte, ou le jardin. James sait qu’il a tout gâché. Alors il se présente chez Betty, sans prévenir, avec juste ses dix-sept ans et ses regrets.

Production

La chanson a été écrite avec Joe Alwyn. Taylor Swift racontait avoir entendu Joe fredonner, depuis une autre pièce de la maison, le refrain déjà complet de Betty. Un pas qu’ils n’avaient jamais franchi ensemble : pourquoi ne pas essayer d’écrire cette chanson à deux, simplement parce qu’ils étaient en quarantaine et qu’il n’y avait rien d’autre à faire ? Ils l’ont finalement composée chacun dans une pièce séparée de la maison.

Presse

Le Daily Collegian note qu’August et Betty, les deux autres facettes du triangle amoureux, sont moins denses lyriquement que Cardigan, mais parviennent tout de même à dépeindre des aspects nouveaux et complexes du récit. Là où August oscille entre romantisme et réalité crue, Betty compense par la nostalgie et une naïveté attachante : c’est une lettre d’excuses, racontée par le garçon qui a trompé Betty et qui veut la reconquérir. Des vers comme « If you kiss me, will it be just like I dreamed it? » traduisent une forme d’innocence adolescente qui fait écho à August.

Analyse

Couplet 1

Betty, I won’t make assumptions
About why you switched your homeroom, but
I think it’s ’cause of me

Betty, je ne vais pas faire de suppositions
Sur le pourquoi tu as changé de classe, mais
Je suppose que c’est à cause de moi

On ne sait pas encore explicitement qui parle, même si l’on s’en doute : c’est James. Ironie du premier vers, il dit qu’il ne va pas faire de supposition, puis fait exactement l’inverse deux secondes après. Le « homeroom » désigne cette classe principale où les élèves se retrouvent chaque matin avant de se disperser dans leurs cours respectifs. On peut supposer qu’ils partageaient la même homeroom, et que Betty a demandé à en changer précisément pour ne pas avoir à le croiser.

Betty, one time, I was riding on my skateboard
When I passed your house
It’s like I couldn’t breathe

Betty, une fois, je roulais sur mon skateboard
Quand je suis passé devant ta maison
C’est comme si je ne pouvais pas respirer

Le souffle coupé par la seule idée de passer devant chez elle sans pouvoir s’y arrêter : l’émotion adolescente à l’état brut, entre remords et manque.

Pré-refrain

You heard the rumors from Inez
You can’t believe a word she says
Most times, but this time, it was true
The worst thing that I ever did
Was what I did to you

Tu as entendu la rumeur d’Inez
La plupart du temps tu ne peux pas croire un mot de ce qu’elle raconte
Mais cette fois, c’était vrai
Le pire chose que j’ai jamais faite
C’est ce que je t’ai fait à toi

Inez, la troisième figure du triangle amoureux, joue ici le rôle de la messagère peu fiable, sauf que, cette fois, ce qu’elle a rapporté était vrai. James ne précise jamais explicitement ce qu’il a fait ; le morceau reste tout en suggestion et en pudeur, laissant l’auditeur reconstituer l’histoire à travers August et le pont qui suit.

Refrain

But if I just showed up at your party
Would you have me? Would you want me?
Would you tell me to go fuck myself
Or lead me to the garden?

Mais si je me pointais à ta fête
Est-ce que tu m’accepterais ? Est-ce que tu me voudrais ?
Est-ce que tu me dirais d’aller me faire voir
Ou est-ce que tu m’emmènerais vers le jardin ?

Le refrain pose la question centrale de la chanson : James envisage de se présenter à la fête de Betty sans y être invité, en pariant sur deux issues radicalement opposées, le rejet cinglant ou le pardon, symbolisé par le jardin, un lieu à l’écart, propice à la réconciliation.

In the garden, would you trust me
If I told you it was just a summer thing?
I’m only seventeen, I don’t know anything
But I know I miss you

Dans le jardin, est-ce que tu me ferais confiance
Si je te disais que ce n’était qu’un flirt estival ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

« Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien » : l’innocence adolescente comme excuse, mais aussi comme aveu de vulnérabilité. James ne cherche pas à minimiser sa faute, il cherche simplement les mots pour exprimer un manque sincère malgré l’erreur commise. On pense presque, en creux, à ce dilemme moral de la jeunesse qui prend de mauvaises décisions sans en mesurer toutes les conséquences, un thème qui traverse toute la littérature adolescente, de Harry Potter (« for the greater good ») aux histoires de premiers amours ratés.

Couplet 2

Betty, I know where it all went wrong
Your favorite song was playing
From the far side of the gym
I was nowhere to be found

Betty, je sais le moment où tout a foiré
Ta chanson préférée était en train de passer
Dans le coin au fond de la salle de sport
Tu ne me trouvais nulle part

La scène se situe visiblement lors d’une soirée dansante scolaire. James identifie précisément l’instant du basculement : Betty cherche du regard son petit ami parmi la foule, sans le trouver.

I hate the crowds, you know that
Plus, I saw you dance with him

Je déteste la foule, tu le sais
En plus, je t’ai vue danser avec lui

James se justifie : il déteste les foules, ce qui explique son absence. Mais le vers suivant révèle une pointe de jalousie, presque une excuse à sa propre trahison, il l’a vue danser avec un autre, ce qui aurait pu le pousser vers Inez, le troisième sommet du triangle.

Pré-refrain et refrain

You heard the rumors from Inez
You can’t believe a word she says
Most times, but this time, it was true
The worst thing that I ever did
Was what I did to you

Tu as entendu la rumeur d’Inez
La plupart du temps tu ne peux pas croire un mot de ce qu’elle raconte
Mais cette fois, c’était vrai
Le pire chose que j’ai jamais faite
C’est ce que je t’ai fait à toi

But if I just showed up at your party
Would you have me? Would you want me?
Would you tell me to go fuck myself
Or lead me to the garden?
In the garden, would you trust me
If I told you it was just a summer thing?
I’m only seventeen, I don’t know anything
But I know I miss you

Mais si je me pointais à ta fête
Est-ce que tu m’accepterais ? Est-ce que tu me voudrais ?
Est-ce que tu me dirais d’aller me faire voir
Ou est-ce que tu m’emmènerais vers le jardin ?
Dans le jardin, est-ce que tu me ferais confiance
Si je te disais que ce n’était qu’un flirt estival ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

Pont

I was walking home on broken cobblestones
Just thinking of you when she pulled up like
A figment of my worst intentions

Je marchais pour rentrer à la maison sur des pavés cassés
Je pensais à toi quand elle s’est arrêtée sur le côté
Comme un fragment de mes pires intentions

C’est ici que la chanson bascule dans August, racontée cette fois du point de vue de James : il pensait à Betty lorsqu’Inez s’est arrêtée en voiture. « Comme un fragment de mes pires intentions » suggère que cette rencontre n’était pas tout à fait un hasard, mais plutôt la matérialisation d’une tentation qu’il portait déjà en lui.

She said, « James, get in, let’s drive »
Those days turned into nights
Slept next to her, but
I dreamt of you all summer long

Elle m’a dit : « James, monte, on va rouler »
Ces jours se sont transformés en nuits
J’ai dormi à côté d’elle, mais
J’ai rêvé de toi tout l’été

Cette même réplique, « James, get in, let’s drive », est directement reprise dans August, du point de vue d’Inez. C’est le fil qui relie les trois chansons du triangle amoureux de folklore : Cardigan (Betty), August (Inez) et Betty (James), trois angles d’une même histoire d’été. Même auprès d’Inez, James reste hanté par le souvenir de Betty, un aveu de trahison émotionnelle qui dépasse la trahison physique elle-même.

Couplet 3

Betty, I’m here on your doorstep
And I planned it out for weeks now
But it’s finally sinkin’ in

Betty, je suis ici sur les marches devant ta porte d’entrée
Et j’ai tout planifié depuis des semaines
Mais je suis enfin en train de réaliser

James abandonne l’hypothétique du refrain : il est désormais réellement sur le pas de la porte de Betty. Le contraste entre les semaines de planification et la prise de conscience soudaine souligne le décalage entre l’idée qu’on se fait d’un geste et le moment où il faut réellement le poser.

Betty, right now is the last time
I can dream about what happens when
You see my face again

Betty, ce moment est le dernier
Durant lequel je peux rêver à ce qui arrivera quand
Tu verras mon visage à nouveau

Un dernier instant suspendu avant que le rêve ne se confronte à la réalité : une fois la porte franchie, il n’y aura plus de place pour l’incertitude, seulement pour la réponse, quelle qu’elle soit.

Pré-refrain et refrain final

The only thing I wanna do
Is make it up to you
So I showed up at your party
Yeah, I showed up at your party

La seule chose que je veux faire
C’est me rattraper auprès de toi
Alors je me suis pointé à ta fête
Ouais, je me suis pointé à ta fête

Le conditionnel du refrain précédent bascule enfin au passé composé : ce n’est plus une hypothèse, James est réellement venu.

Will you have me? Will you love me?
Will you kiss me on the porch
In front of all your stupid friends?
If you kiss me, will it be just like I dreamed it?
Will it patch your broken wings?
I’m only seventeen, I don’t know anything
But I know I miss you

Est-ce que tu m’accepteras ? Est-ce que tu m’aimeras ?
Est-ce que tu m’embrasseras sur le porche, devant tous tes potes stupides ?
Si tu m’embrasses, est-ce que ce sera comme j’ai rêvé que ce serait ?
Est-ce que ça rafistolera tes ailes cassées ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

Le refrain final passe du conditionnel au futur, du « would » à « will » : la question n’est plus hypothétique, elle est posée en direct, devant la porte. « Patch your broken wings » referme la boucle : James ne cherche pas seulement son propre pardon, il espère aussi réparer ce qu’il a brisé chez Betty.

Outro

Standing in your cardigan
Kissin’ in my car again
Stopped at a streetlight
You know I miss you

Tu te tiens là avec ton cardigan
On s’embrasse dans ma voiture à nouveau
Arrêtés à un feu rouge
Tu sais que tu m’as manqué

La boucle se referme : le mot « cardigan » renvoie directement à la chanson éponyme, racontée du point de vue de Betty. Betty, Cardigan et August forment ainsi les trois angles d’une seule et même histoire d’été, chacune racontée depuis un point de vue différent, le génie narratif de folklore.

Conclusion

betty est la lettre d’excuses que beaucoup auraient voulu recevoir à dix-sept ans : maladroite, sincère, terriblement humaine. James ne cherche pas d’excuse à sa trahison, il cherche seulement les mots pour la nommer et pour espérer, malgré tout, une seconde chance.

Ce qui rend Betty si attachante, c’est précisément cette naïveté assumée : « je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien » n’est pas une excuse commode, c’est un aveu de vulnérabilité. Avec Cardigan et August, elle referme un triangle amoureux raconté sous trois angles différents, sans jamais juger aucun de ses trois protagonistes, Betty, James et Inez sont chacun montrés dans leur complexité, leur douleur et leurs erreurs de jeunesse.

Traduction

Couplet 1

Betty, je ne vais pas faire de suppositions
Sur le pourquoi tu as changé de classe, mais
Je suppose que c’est à cause de moi
Betty, une fois, je roulais sur mon skateboard
Quand je suis passé devant ta maison
C’est comme si je ne pouvais pas respirer

Tu as entendu la rumeur d’Inez
La plupart du temps tu ne peux pas croire un mot de ce qu’elle raconte
Mais cette fois, c’était vrai
Le pire truc que j’ai fait
C’est ce que je t’ai fait à toi

Refrain

Mais si je me pointais à ta fête
Est-ce que tu m’accepterais ? Est-ce que tu me voudrais ?
Est-ce que tu me dirais d’aller me faire voir
Ou est-ce que tu m’emmènerais vers le jardin ?
Dans le jardin, est-ce que tu me ferais confiance
Si je te disais que ce n’était qu’un flirt estival ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

Couplet 2

Betty je sais le moment où tout a foiré
Ta chanson préférée était en train de passer
Dans le coin au fond de la salle de sport
Tu ne me trouvais nulle part
Je déteste la foule, tu le sais
Et en plus, je t’ai vue danser avec lui

Tu as entendu la rumeur d’Inez
La plupart du temps tu ne peux pas croire un mot de ce qu’elle raconte
Mais cette fois, c’était vrai
Le pire truc que j’ai fait
C’est ce que je t’ai fait à toi

Refrain

Mais si je me pointais à ta fête
Est-ce que tu m’accepterais ? Est-ce que tu me voudrais ?
Est-ce que tu me dirais d’aller me faire voir
Ou est-ce que tu m’emmènerais vers le jardin ?
Dans le jardin, est-ce que tu me ferais confiance
Si je te disais que ce n’était qu’un flirt estival ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

Pont

Je marchais pour rentrer à la maison sur des pavés cassés
Je pensais à toi quand elle s’est arrêtée sur le côté
Comme un fragment de mes pires intentions
Elle m’a dit : « James, monte, on va rouler »
Ces jours se sont transformés en nuits
J’ai dormi à côté d’elle, mais
J’ai rêvé de toi tout l’été

Couplet 3

Betty je suis ici sur les marches devant ta porte d’entrée
Et j’ai tout planifié depuis des semaines
Mais je suis enfin en train de réaliser
Betty, ce moment est le dernier
Durant lequel je peux rêver à ce qui arrivera quand
Tu verras mon visage à nouveau

Pré-refrain

La seule chose que je veux faire
C’est me rattraper auprès de toi
Alors je me suis pointé à ta fête
Ouais, je me suis pointé à ta fête

Refrain

Ouais je me suis pointé à ta fête
Est-ce que tu m’accepteras ? Est-ce que tu m’aimeras ?
Est-ce que tu m’embrasseras sur le porche, devant tous tes potes stupides ?
Si tu m’embrasses, est-ce que ce sera comme j’ai rêvé que ce serait ?
Est-ce que ça rafistolera tes ailes cassées ?
Je n’ai que dix-sept ans, je ne sais rien, mais je sais que tu me manques

Outro

Tu te tiens là avec ton cardigan
On s’embrasse dans ma voiture à nouveau
Arrêtés à un feu rouge
Tu sais que tu m’as manqué

Sources et ressources

Chansons en écho

Cardigan, August

Références citées dans l’épisode

Harry Potter et les Reliques de la Mort (l’idée du « for the greater good »)

Découvrez aussi

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