hoax

Analyse : hoax, folklore, Taylor Swift

Sommaire

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Introduction

hoax referme folklore sur son piano le plus dépouillé : une voix, un instrument, et un puzzle de vers qui, mis bout à bout, semblent d’abord n’avoir aucun lien entre eux. C’est en assemblant patiemment les pièces qu’on comprend, petit à petit, de quoi parle réellement la chanson. Écrite et produite par Taylor Swift et Aaron Dessner, hoax est musicalement douce, piano et voix, mais son fond n’a rien de l’anxiété sourde de peace : c’est une tristesse plus posée, plus résignée.

Dans la Long Pond Studio Session, Taylor racontait avoir demandé conseil à Aaron sur cette chanson, dans un moment de doute rare pour elle : « D’habitude, je sais exactement de quoi j’écris. » Elle s’interrogeait : et si tous ces sentiments ne concernaient pas la même personne ? Et si j’écrivais sur plusieurs situations très différentes, l’une sur l’amour, l’une sur une affaire professionnelle qui l’a blessée, une autre sur une relation qu’elle considère comme familiale mais qui l’a blessée aussi ? Aaron l’a encouragée à aller dans cette direction inconfortable, précisément parce que c’est ce qui rend la chanson si singulière : elle superpose plusieurs blessures, amoureuse, professionnelle, amicale, sans jamais les distinguer clairement, jusqu’au pont, qui vient enfin éclairer l’ensemble.

Presse

hoax incarne, selon les mots de Taylor elle-même, tout ce que l’album est thématiquement : confessions, nature, volatilité émotionnelle et ambiguïté à la fois, un amour qui n’est jamais simple. C’est l’une des chansons les plus symboliques et poétiques de folklore, qui énumère tout ce qu’une personne peut représenter, dans toute sa contradiction.

Analyse

Couplet 1

My only one / My smoking gun / My eclipsed sun / This has broken me down
Mon seul et unique / Mon pistolet fumant / Mon soleil éclipsé / Tout ceci m’a brisée.

Mis bout à bout, chaque vers semble n’avoir aucun lien avec le suivant. « My only one » : on suppose d’emblée une relation amoureuse. « My smoking gun » (littéralement mon pistolet fumant) est une expression consacrée signifiant une preuve irréfutable, une image née au XIXe siècle dans la littérature avant de s’imposer dans la culture populaire lors du scandale du Watergate, quand le New York Times demandait : « Où est la preuve irréfutable ? ». En s’appropriant l’expression au « my », Taylor semble désigner un élément prouvant qu’elle a fait quelque chose de mal, un écho à Look What You Made Me Do : « you said the gun was mine ». Puis « my eclipsed sun » : une éclipse solaire, c’est la lune qui cache le soleil. Qui est la lune, qui est le soleil ? Peut-être son partenaire, sa personne solaire, éclipsée par quelque chose ou quelqu’un ; peut-être elle-même, dont la part ensoleillée a disparu depuis. On pense à Cardigan : « your heartbeat on the highline, once in 20 lifetimes », ce sentiment d’un amour rare, presque mathématiquement improbable. Et « this has broken me down » : tout ceci l’a brisée, sans qu’on sache encore précisément de quoi « ceci » parle.

My twisted knife / My sleepless night / My winless fight / This has frozen my ground
Mon couteau qui remue / Ma nuit blanche / Mon combat sans gain / Tout ceci a gelé mon territoire.

« Twist the knife » : remuer le couteau dans la plaie, un écho à « you stabbed me in the back while shaking my hand » de This Is Why We Can’t Have Nice Things. « My sleepless night », au singulier : une seule nuit, pas plusieurs, alors que le pluriel aurait tout aussi bien rimé, un choix qui laisse penser à une généralisation de ses nuits blanches, celles de The Archer (« I wake in the night, I pace like a ghost »). « My winless fight », un combat impossible à gagner, rappelle Exile : cette discussion en miroir où chacun reste persuadé d’avoir raison, où personne n’écoute vraiment l’autre. Enfin, « this has frozen my ground » : un terrain gelé, image reprise plus tard dans The Lakes (« a red rose grew up out of ice frozen ground »), qui pourrait autant renvoyer à l’affaire Kanye West (2015-2017) qu’à une paralysie plus intime, la rigidité comme mécanisme de protection après des trahisons répétées.

Refrain

Stood on the cliffside screaming, « Give me a reason » / Your faithless love’s the only hoax I believe in
Tenue au bord de la falaise en criant : « donne-moi une raison » / Ton amour déloyal est le seul canular en lequel je crois.

On ne sait pas qui se tient au bord de la falaise, ni à qui elle s’adresse : une image qui évoque une femme au bout du rouleau, suppliant qu’on lui donne une raison de ne pas sauter, un écho direct à This Is Me Trying : « Pulled the car off the road to the lookout, could’ve followed my fears all the way down ». Le titre de la chanson se joue ici : hoax, un canular, une tromperie. Ton amour déloyal (faithless) est le seul canular auquel elle choisit de croire, une manière paradoxale de dire : je sais que cet amour est fragile, peut-être même illusoire, mais c’est la seule illusion à laquelle je m’accroche encore. Le mot rappelle aussi False god : « even if it’s a false god, we’d still worship this love », la foi comme métaphore de la relation.

Don’t want no other shade of blue but you / No other sadness in the world would do
Je ne veux aucune autre nuance de bleu que toi / Aucune autre tristesse au monde ne ferait l’affaire.

Le bleu, encore et toujours la tristesse. Dans le Long Pond, Taylor expliquait : « Ce qui me semble être l’amour, c’est : je ne veux aucune autre nuance de bleu que toi. Pour moi, c’est ça, le véritable amour : avec qui serais-tu triste ? Un ciel gris tous les jours pendant des mois, resterais-tu ? » C’est un témoignage de ce que son partenaire a représenté pour elle durant sa traversée du désert médiatique : il est resté, alors elle reste à son tour, coûte que coûte.

Couplet 2

My best laid plan / Your sleight of hand / My barren land / I am ash from your fire
Mon plan le mieux conçu / Ton tour de passe-passe / Ma terre stérile / Je suis les cendres de ton feu.

« Your sleight of hand » est le seul vers du couplet qui ne lui appartient pas directement à elle : le tour de passe-passe de l’autre, qui a lui aussi trahi. On pense à Cowboy Like Me : « I’ve got some tricks up my sleeve… you had some tricks up your sleeve, takes one to know one ». Sa terre devient stérile, gelée par les trahisons amicales et amoureuses accumulées, et elle se compare aux cendres du feu de l’autre, un feu qui, dans peace, elle promettait pourtant elle-même d’être pour lui (« I’m a fire, and I’ll keep your brittle heart warm »).

Pont

You know I left a part of me back in New York / You knew the hero died so what’s the movie for?
Tu sais que j’ai laissé une part de moi à New York / Tu savais que le héros mourrait, alors à quoi bon regarder le film ?

C’est le pont qui éclaire tout : on comprend qu’elle parlait, depuis le début, de deux blessures superposées, les trahisons amicales et professionnelles passées, et la relation amoureuse actuelle. « You knew the hero died » rappelle Exile : « I think I’ve seen this film before, but I didn’t like the ending », on connaît déjà la fin, alors à quoi bon recommencer une histoire vouée à l’échec ?

You knew the password so I let you in the door / You knew you won so what’s the point of keeping score?
Tu connaissais le mot de passe, alors je t’ai laissé entrer / Tu savais que tu avais gagné, alors à quoi bon compter les points ?

Elle lui a fait confiance, l’a laissé entrer dans sa vie, et il a utilisé cette confiance contre elle. « You knew it still hurts underneath my scars, from when they pulled me apart » revient deux fois, presque à l’identique, comme une plaie qu’on rouvre : la douleur des trahisons passées, jamais totalement refermée, que le partenaire connaît et, c’est là le cœur de la chanson, utilise contre elle au moment où elle s’y attend le moins.

But what you did was just as dark / Darling, this was just as hard / As when they pulled me apart
Mais ce que tu as fait était tout aussi sombre / Chéri, c’était tout aussi dur / Que lorsqu’ils m’ont démontée.

La conclusion du pont, et de la chanson tout entière : ce que son partenaire lui a fait, en retournant sa propre vulnérabilité contre elle, lui a fait aussi mal que les trahisons amicales et professionnelles vécues bien avant lui, alors même qu’il comptait, disait-il, bien plus pour elle.

Conclusion

hoax se referme sur son propre point de départ : « my only one, my kingdom come undone, my broken drum, you have beaten my heart ». Le royaume qui s’effondre rappelle Call It What You Want (« my castle crumbled overnight »), mais cette fois la chute n’est pas causée par des trahisons amicales : elle vient d’une trahison amoureuse, celle du canular auquel elle a choisi de croire.

Le premier couplet mêle sans le dire ses déceptions passées et sa relation présente ; le refrain s’adresse à son partenaire, prête à sauter mais suppliant qu’on lui donne une raison de rester ; le deuxième couplet peut se lire dans les deux sens à la fois ; et le pont vient tout expliquer : ce que le partenaire lui a fait a ravivé, avec la même intensité, des blessures bien plus anciennes. La chanson se termine sur la même affirmation qu’au refrain : malgré tout, c’est encore lui qu’elle choisit, et personne d’autre.

Traduction

Mon seul et unique
Ma preuve irréfutable
Mon soleil éclipsé
Tout ceci m’a accablée
Mon couteau qui remue
Ma nuit blanche
Mon combat sans gain
Tout ceci a rendu mon territoire glacé

Se tenant au bord du gouffre, criant « donne-moi une raison »
Ton amour déloyal est le seul canular en lequel je crois
Je ne veux aucune autre teinte de bleu que toi
Aucune autre tristesse dans le monde ne ferait le poids

Mon plan le mieux conçu
Ton tour de passe-passe
Ma terre stérile
Je suis la cendre de ton feu

Se tenant au bord du gouffre, criant « donne-moi une raison »
Ton amour déloyal est le seul canular en lequel je crois
Je ne veux aucune autre teinte de bleu que toi
Aucune autre tristesse dans le monde ne ferait le poids

Tu sais que j’ai laissé une part de moi à New York
Tu savais que le héros mourrait, alors à quoi bon regarder le film ?
Tu savais que la douleur sous mes cicatrices était encore présente
Du moment où ils m’ont démontée
Tu connaissais le mot de passe alors je t’ai laissé entrer
Tu savais que tu avais gagné, alors à quoi bon compter les points ?
Tu savais que la douleur sous mes cicatrices était encore présente
Du moment où ils m’ont démontée
Mais ce que tu as fait est tout aussi sombre
Chéri, c’était juste aussi sombre
Que quand ils m’ont démontée

Mon seul et unique
Mon royaume s’effondre
Mon tambour cassé
Tu as battu mon cœur
Je ne veux aucune autre teinte de bleu que toi
Aucune autre tristesse dans le monde ne ferait le poids

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