Analyse : London boy, Lover, Taylor Swift
Sommaire
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Introduction
Genre
Britpop, bubblegum pop, reggae-pop, un mélange influencé par des artistes comme Oasis, Britney Spears et Sean Paul.
Encore une musique écrite en majeur, composée par Taylor Swift, Jack Antonoff et Sounwave. Elle a également interpolé la chanson Cold War de Cautious Clay, dont on retrouve les similitudes dans la mélodie.
Le titre
« London Boy » : garçon de Londres.
Imaginez une semaine parfaite à Londres : on sirote un thé, on traverse les rues pavées de Soho, et un charmant Londonien vous emmène en balade en scooter. C’est exactement ce que raconte Taylor Swift dans « London Boy », une déclaration d’amour pleine de charme et de clichés assumés sur la capitale britannique.
Analyse
We can go drivin’ in, on my scooter / Uh, you know, just riding in London / Alright
« On peut aller faire un tour sur mon scooter, oh tu sais, juste un tour dans Londres, ça marche. » La chanson est introduite par un extrait d’un talk-show américain animé par un Anglais, James Corden. L’un des invités, Idris Elba, acteur, rappeur et chanteur anglais, y raconte ce qu’il compte faire avec la gagnante d’une opération caritative à laquelle il a participé, c’est de cet échange qu’est tiré l’extrait utilisé en introduction. Pourquoi ce choix précis ? Il n’y a pas d’explication très profonde : Taylor Swift et Idris Elba se sont simplement côtoyés sur le tournage du film Cats, elle a aimé sa voix dans cet extrait où son accent britannique est particulièrement marqué, et lui a demandé de pouvoir l’utiliser.
I love my hometown as much as Motown, I love SoCal
« J’aime ma ville natale autant que Motown, j’aime la Californie du Sud. » Motown est un label discographique américain créé en 1959 à Detroit, le nom est la contraction de « Motor Town », surnom de la ville en tant que capitale de la production automobile. Le label a joué un rôle important dans l’intégration raciale de la musique populaire en tant que maison de disques appartenant à des Afro-Américains et ayant connu des succès très divers. La référence à Motown convoque à la fois la musique et l’histoire industrielle américaine. SoCal, la Californie du Sud, désigne la région qui abrite notamment San Diego et Los Angeles : pôle musical, capitale du cinéma et du rêve américain, mais aussi grand centre portuaire, universitaire et technologique, surnommé la « Tech Coast ». Ces références dressent le portrait d’une culture américaine riche et plurielle, que la narratrice énumère avec fierté avant d’évoquer ce qui pourrait l’en éloigner.
And you know I love Springsteen, faded blue jeans, Tennessee whiskey
« Et tu sais que j’aime Springsteen, les jeans délavés, le whiskey du Tennessee. » Bruce Springsteen est l’un des chanteurs de rock les plus populaires des États-Unis, notamment connu pour « Born in the U.S.A. ». Les jeans délavés renvoient à une esthétique country emblématique, que l’on retrouve déjà dans « Tim McGraw » (« my faded blue jeans »), et peut-être aussi à la chanson de Merle Haggard, Make-up And Faded Blue Jeans. Le Tennessee whiskey, élaboré à partir d’un mélange de céréales contenant au moins 51 % de la même céréale (généralement du maïs), évoque également le Tennessee comme État abritant Nashville, la ville dans laquelle Taylor Swift a construit une bonne partie de sa carrière.
But something happened, I heard him laughing
« Mais quelque chose est arrivé, je l’ai entendu rire. » Après avoir énuméré tout ce qu’elle aime de son pays natal et les raisons de ne pas vouloir le quitter, quelque chose vient perturber cet attachement.
I saw the dimples first and then I heard the accent
« J’ai d’abord vu les fossettes, puis j’ai entendu l’accent. » Il s’agit bien sûr de l’accent britannique du garçon convoité, le « London boy ».
They say home is where the heart is / But that’s not where mine lives
« On dit que la maison est là où se trouve le cœur, mais ce n’est pas là que vit le mien. » On dit parfois que notre maison, l’endroit où l’on se sent bien, est là où se trouve notre cœur, peu importe le lieu physique. Ici, la narratrice indique que sa maison physique et l’endroit où vit son cœur sont désormais deux lieux distincts. Ce premier couplet se conclut ainsi : elle aime énormément de choses dans son pays natal, mais une chose pourrait malgré tout l’en éloigner, puisque son cœur n’y est plus.
You know I love a London boy
« Tu sais que j’aime un garçon de Londres. »
I enjoy walking Camden Market in the afternoon
« J’aime marcher dans Camden Market l’après-midi. » Camden Market est un lieu touristique de Londres, au style plutôt grunge.
He likes my American smile / Like a child when our eyes meet, darling, I fancy you
« Il aime mon sourire américain. Comme un enfant quand nos regards se croisent, chéri, je t’aime bien. » « I fancy you » est une tournure très britannique, sans doute celle qu’il lui adresse en retour.
Took me back to Highgate, met all of his best mates
« Il m’a ramenée à Highgate, où j’ai rencontré tous ses meilleurs amis. » Highgate est un quartier plus local, plutôt aisé, peu fréquenté par les touristes, et « mate » est un autre britishisme. Le garçon lui fait ainsi découvrir à la fois les lieux touristiques et les endroits où vivent réellement ses proches.
So I guess all the rumors are true / You know I love a London boy / Boy, I fancy you
« Alors j’imagine que toutes les rumeurs sont vraies. Tu sais que j’aime un garçon de Londres. Garçon, je t’aime bien. » Elle valide ici ce que dit la presse : oui, elle est amoureuse d’un garçon anglais. Le retour du « I fancy you », cette fois dans sa propre bouche, comme pour dire qu’elle devient anglaise à son tour. Ensemble, ils vont partout, et elle l’aime bien.
And now I love high tea, stories from uni, and the West End
« Et maintenant j’aime le high tea, les histoires de fac, et le West End. » Le « high tea » ne désigne pas un thé pris en hauteur, mais le repas du soir pris sur des chaises hautes, par opposition au « low tea » (ou afternoon tea), pris l’après-midi dans des fauteuils confortables. Ce qu’elle exprime ici, ce n’est pas tant un goût pour un rituel précis que son intégration à la culture de son compagnon : elle en connaît désormais les codes, et les apprécie. « Stories from uni » évoque les anecdotes racontées par les amis de son « London boy », « uni » pour university, par opposition au « college » américain, un nouveau britishisme assumé. Le West End désigne le quartier des théâtres, entre Covent Garden, Soho et Piccadilly Circus, à l’ouest du centre de Londres.
You can find me in the pub, we are watching rugby with his school friends
« Tu peux me trouver au pub, on regarde le rugby avec ses amis d’école. » Encore des habitudes très britanniques : là où elle aurait auparavant parlé d’aller « au bar », elle adopte désormais la tradition londonienne de sortir au pub.
Show me a gray sky, a rainy cab ride / Babes, don’t threaten me with a good time
« Montre-moi un ciel gris, un trajet en taxi sous la pluie. Chéri, ne me menace pas de passer un bon moment. » Un trajet sous la pluie et un ciel gris ne sont pas, en général, les ingrédients d’un bon moment, mais pour elle, ils sont associés au plaisir, car c’est désormais sa vie là-bas, avec son garçon de Londres.
They say home is where the heart is / But God, I love the English
« On dit que la maison est là où se trouve le cœur, mais mon dieu, que j’aime les Anglais ! » Ce vers fait écho au dernier vers du premier couplet, où elle disait que son cœur n’était plus au même endroit que sa maison. Ici, elle le confirme avec enthousiasme. Ce second couplet se concentre sur la nouvelle culture qu’elle découvre et s’approprie, ce moment où tout, dans une culture étrangère, paraît merveilleux. Dans le vocabulaire de l’adaptation interculturelle, on parlerait de la phase de « lune de miel », ce moment d’euphorie face à la nouveauté, qui précède le choc culturel, puis l’accoutumance, puis un état stable. Le nom de cette phase tombe bien puisqu’il s’agit aussi, littéralement, de la lune de miel de sa relation amoureuse.
I enjoy nights in Brixton, Shoreditch in the afternoon
« J’aime les soirées à Brixton, et les après-midis à Shoreditch. » Brixton est un quartier très local ; Shoreditch, jeune et branché, devient quant à lui de plus en plus touristique. Ce second refrain change de lieux mais garde le même esprit que le premier : ensemble, ils vont partout, et elle adore.
So please show me Hackney / Doesn’t have to be Louis V up on Bond Street
« Alors s’il te plaît, montre-moi Hackney. Ça n’a pas besoin d’être du Louis Vuitton sur Bond Street. » Hackney est un quartier local, vivant, multiculturel et populaire ; Bond Street, perpendiculaire à Oxford Street, est une rue commerçante de luxe. Autrement dit : elle veut tout voir avec lui, sans avoir besoin des lieux qu’elle jugerait plus prestigieux, le shopping n’est pas nécessaire tant qu’elle est avec lui.
Just wanna be with you / Wanna be with you
« Je veux juste être avec toi. »
Stick with me, I’m your queen
« Reste avec moi, je suis ta reine. » Une référence amusante compte tenu de la place symbolique de la reine pour les Anglais (encore en vie en 2019, au moment de la sortie de l’album). Le vers fait aussi écho à « King of My Heart » : lui serait le roi, elle la reine.
Like a Tennessee Stella McCartney on the Heath
« Comme une Stella McCartney du Tennessee à Hampstead Heath. » Hampstead Heath, « the Heath », est un grand parc situé dans un quartier huppé prisé des locaux. Quel genre de reine serait-elle ? Un mélange entre Stella McCartney, styliste britannique et amie de la chanteuse, , les quartiers chics, et ses racines de « country girl » toujours présentes. Une reine riche et élégante, mais restée terre à terre, car au fond, elle veut simplement être avec lui.
Boy, I fancy you (final refrain)
Le dernier refrain reprend les mêmes images en changeant simplement de quartiers (Soho plutôt que Camden), confirmant que l’esprit de la chanson reste inchangé jusqu’à la fin : peu importe l’endroit, l’essentiel est d’être ensemble.
Conclusion
Cette chanson nous emmène voyager à Londres avec la narratrice : on y découvre les lieux où elle a aimé passer du temps avec son compagnon, et elle nous répète combien être avec lui ressemble à être à la maison, qu’importe finalement le lieu physique.
Cet amour sincère pour Londres reflète aussi une période où Taylor Swift a cherché refuge en Europe, loin des projecteurs américains.
On pourrait lire dans la chanson une sorte de cycle du deuil inversé : elle quitte progressivement son attachement à son pays d’origine pour tomber amoureuse de Londres, de sa culture et de son compagnon. Les étapes classiques (déni, colère, négociation, dépression, acceptation) se transforment ici en un cycle d’euphorie. Le déni se lit dans son attachement affirmé aux États-Unis, énuméré avec fierté au premier couplet. La négociation apparaît lorsqu’elle commence à apprécier des éléments britanniques en lien avec son partenaire. L’acceptation, enfin, se manifeste lorsqu’elle s’abandonne pleinement à son amour pour le « London boy » et pour la culture anglaise.
Les Beatles, dans « Penny Lane » ou « Strawberry Fields Forever », transforment eux aussi des lieux emblématiques en symboles d’émotion et de mémoire, une parenté que l’on retrouve dans la manière dont Taylor Swift associe ici les quartiers de Londres à ses sentiments amoureux.
Traduction
Garçon de Londres
On peut filer, toi et moi, sur mon scooter,
Oh, tu sais, juste autour de Londres,
D’accord, ouais.
J’aime ma ville natale autant que Motown, j’aime la Californie du Sud,
Et tu sais que j’aime Springsteen, les jeans délavés, le whisky du Tennessee.
Mais quelque chose s’est passé, j’ai entendu son rire,
D’abord les fossettes, puis cet accent, un empire.
On dit que le cœur trouve sa maison,
Mais la mienne a changé de raison.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Me promener à Camden l’après-midi m’enchante.
Il aime mon sourire américain, cet éclat enfantin quand nos regards se rencontrent.
Chéri, tu me plais tant.
Il m’a emmenée à Highgate, présenté à ses camarades,
Alors les rumeurs disaient vrai, en cascade.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Garçon, tu me plais tant.
Et maintenant, j’aime le thé, les récits de fac, et le West End,
On se retrouve au pub, ses amis d’école autour, un match de rugby dans l’ambiance.
Montre-moi un ciel gris, une balade en taxi sous la pluie,
Chéri, menace-moi de plaisirs infinis.
On dit que le cœur trouve sa maison,
Mais Dieu, que j’aime l’Angleterre à l’unisson.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Les soirées à Brixton, Shoreditch dans l’après-midi, quelle passion.
Il aime mon sourire américain, cet éclat enfantin quand nos regards se croisent.
Chéri, tu me plais tant.
Il m’a emmenée à Highgate, présenté à ses camarades,
Alors les rumeurs disaient vrai, en cascade.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Garçon, tu me plais tant.
Alors montre-moi Hackney,
Pas besoin d’une tenue Louis V sur Bond Street,
Je veux juste être avec toi, rester avec toi.
Reste près de moi, je suis ta reine,
Comme une Stella McCartney du Tennessee sur la colline verdoyante.
Je veux juste être avec toi, rester avec toi.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Me promener à Soho, boire un verre dans l’après-midi,
Il aime mon sourire américain, cet éclat enfantin quand nos regards se croisent.
Chéri, tu me plais tant.
Il m’a emmenée à Highgate, présenté à ses camarades,
Alors les rumeurs disaient vrai, en cascade.
Tu sais que j’aime un garçon de Londres,
Garçon, tu me plais tant.
Alors montre-moi Hackney,
Pas besoin d’une tenue Louis V sur Bond Street,
Je veux juste être avec toi, oh, je veux être avec toi.
Reste près de moi, je suis ta reine,
Comme une Stella McCartney du Tennessee sur la colline verdoyante.
Je veux juste être avec toi, rester avec toi.
Tu me plais tant. Oh, oui, tant.
La chanson « London Boy » s’inscrit dans une double dynamique : une déclaration d’amour pour une personne et pour une culture. Taylor Swift traduit avec légèreté la transition d’un attachement profond à ses racines américaines vers une immersion joyeuse dans une nouvelle culture. En célébrant la découverte de Londres à travers les yeux de son partenaire, elle invite l’auditeur à partager ce moment de lune de miel, non seulement romantique, mais aussi culturel.
Sources et ressources
Pour aller plus loin
- Cold War, Cautious Clay
- Born in the U.S.A., Bruce Springsteen
- Make-up And Faded Blue Jeans, Merle Haggard
- Tim McGraw, Taylor Swift
- King of My Heart, Taylor Swift
- Paper Rings, Taylor Swift
