Analyse : Soon you’ll get better, Lover, Taylor Swift
Sommaire
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Introduction
Genre
Avec The Chicks (anciennement Dixie Chicks). Écrite et produite par Taylor Swift et Jack Antonoff.
Une ballade country portée par la guitare slide, le banjo et le violon, accompagnée d’harmonies vocales.
Le titre
« Soon You’ll Get Better » : bientôt tu iras mieux.
Taylor Swift a confié en 2019 que sa mère, Andrea Swift, traversait un second combat contre le cancer. C’est une chanson un peu particulière dans sa discographie, à la fois très personnelle et pudique.
Avertissement : cet épisode aborde un sujet sensible, la maladie d’un proche.
Presse
Rolling Stone
« En dehors de Brendon Urie, la grande collaboration sur le nouvel album de Taylor Swift, Lover, vient des Dixie Chicks. Le trio apparaît sur « Soon You’ll Get Better », une chanson épurée que Swift a écrite à propos de sa mère et de son combat continu contre le cancer du sein. La chanson, coproduite et coécrite par Swift avec Jack Antonoff, contient certains des textes les plus vulnérables de toute sa carrière. Des détails comme les boutons de manteau emmêlés dans ses cheveux, les « saintes bouteilles orange » et « les infirmières plus gentilles » rendent les visites hospitalières de sa mère d’autant plus réelles et déchirantes. L’unique instrumentation de « Soon You’ll Get Better » se limite à une paire de guitares et au violon ondulant de Martie Maguire, ce qui permet aux souvenirs de Swift sous la lumière de la salle d’attente de prendre le devant de la scène. Les contributions vocales des Dixie Chicks à la chanson sont subtiles mais essentielles. Elles ajoutent des harmonies sur le refrain insistant de la chanson, et pendant le pont, lorsque Swift demande avec désespoir : « À qui suis-je censée parler ? / Que suis-je censée faire ? / S’il n’y a plus toi ? », la voix de Natalie Maines fait écho à la sienne. Bien que « Soon You’ll Get Better » soit écrite dans le style caractéristique de Swift à la deuxième personne, s’adressant à sa mère, c’est autant une conversation que Swift a avec elle-même, alors qu’elle affronte le processus terrifiant mais cruellement banal de devenir la personne qui prend soin de celle qui l’a élevée. « J’ai dû apprendre à gérer des maladies graves dans ma famille », a-t-elle écrit dans le magazine Elle plus tôt cette année, et il est clair qu’elle faisait allusion à quelque chose de plus introspectif que simplement savoir quand appeler la compagnie d’assurance. »
Analyse
The buttons of my coat were tangled in my hair
« Les boutons de mon manteau étaient emmêlés dans mes cheveux. » Il y a ici une inversion : habituellement, ce sont les cheveux qui s’emmêlent dans les boutons, et non l’inverse. Cette confusion traduit peut-être une pensée elle-même désorganisée par l’ampleur de la peine, l’esprit s’emmêle autant que les vêtements.
In doctor’s office lighting, I didn’t tell you I was scared / That was the first time we were there
« Sous la lumière du cabinet médical, je ne t’ai pas dit que j’avais peur. C’était la première fois qu’on se trouvait là. » Une scène d’annonce, la toute première visite, dont l’incertitude et la sidération restent tues.
Holy orange bottles, each night, I pray to you
« Bouteilles orange sacrées, chaque nuit, je vous prie. » Aux États-Unis, les traitements médicamenteux sont délivrés en quantité précise dans de petites fioles en plastique, souvent orange, que l’on voit fréquemment dans les séries et films américains. On peut y lire une prière littérale adressée aux médicaments eux-mêmes, pour qu’ils portent leurs fruits.
Desperate people find faith, so now I pray to Jesus too
« Les gens désespérés trouvent la foi, alors maintenant je prie aussi. » Ce vers marque un basculement : elle en vient à chercher du réconfort dans la foi, elle qui ne se présente pas comme particulièrement croyante, tant le désespoir face à la situation est grand. Cette scène chez le médecin, celle où l’on apprend un diagnostic, est souvent décrite comme désorientante et vertigineuse, d’autant plus qu’il s’agit, comme elle le précise, de la toute première fois.
Soon, you’ll get better / You’ll get better soon / ‘Cause you have to
« Bientôt, tu iras mieux. Tu iras mieux bientôt. Parce qu’il le faut. » Un refrain qui tient de la supplique autant que de l’affirmation : il n’y a pas d’avenir envisageable sans la présence de l’autre, alors elle plaide, elle demande, elle espère à voix haute.
I know delusion when I see it in the mirror
« Je reconnais l’illusion quand je la vois dans le miroir. » Le mot anglais « delusion » désigne plus précisément le fait de croire en quelque chose que l’on souhaite vrai, sans que cela le soit nécessairement. Elle s’illusionne en espérant que sa mère ira mieux, tout en ayant du mal à y croire pleinement, et reconnaît cette même illusion reflétée chez elle. C’est comme se préparer psychologiquement au pire tout en essayant, dans le même temps, de se convaincre que tout ira bien.
You like the nicer nurses, you make the best of a bad deal / I just pretend it isn’t real
« Tu apprécies les infirmières les plus gentilles, tu tires le meilleur d’une mauvaise situation. Moi, je fais simplement comme si ce n’était pas réel. » On retrouve ici le même mécanisme de déni évoqué au vers précédent.
I’ll paint the kitchen neon, I’ll brighten up the sky
« Je peindrai la cuisine en néon, j’éclaircirai le ciel. » Les enseignes au néon, aux États-Unis, ont longtemps été associées aux commerces et aux lieux de divertissement : elles symbolisaient les possibilités lumineuses et engageantes de l’ère électrique, une forme de progrès. En disant qu’elle peindra les murs en néon, une image rendue presque littérale grâce à la peinture phosphorescente, qui brille réellement dans le noir, elle exprime le désir d’égayer le quotidien de sa mère en y apportant de la lumière dans les moments les plus sombres. La référence au progrès résonne aussi avec la foi placée, dans le premier couplet, non plus en une entité invisible mais en la médecine et la science. Quant à « éclaircir le ciel », l’image reste impossible à réaliser littéralement : une manière de dire qu’elle serait prête à déplacer des montagnes pour que sa mère aille mieux. Il y a un vrai contraste, dans ces vers, entre une imagination presque enfantine et le poids accablant de la réalité.
I know I’ll never get it, there’s not a day that I won’t try
« Je sais que je ne comprendrai jamais, mais il n’y a pas un jour où je n’essaierai pas. » Il lui est impossible de saisir pleinement ce que traverse sa mère, mais elle continuera d’essayer, même sans espoir de jamais vraiment y parvenir.
And I hate to make this all about me
« Et je déteste ramener tout ça à moi. » C’est sa mère qui est malade, qui souffre, et pourtant, elle reconnaît faire porter sur elle-même une partie du poids émotionnel : la peur viscérale de la perdre, la peine de la voir ainsi, le besoin qu’elle guérisse, alors qu’elle voudrait ne se préoccuper que des besoins et des peurs de sa mère.
But who am I supposed to talk to? / What am I supposed to do / If there’s no you?
« Mais à qui suis-je censée parler ? Que suis-je censée faire, s’il n’y a plus toi ? » Quand la personne à qui l’on confie habituellement tout est elle-même la personne malade, une forme de solitude particulière s’installe : celle de ne pas pouvoir ajouter le poids de son propre mal-être à celui de la personne qu’on accompagne.
This won’t go back to normal, if it ever was
« Ça ne redeviendra jamais normal, si tant est que ça l’ait jamais été. » La situation, la relation, l’expérience traversée sont trop transformatrices pour laisser les choses inchangées, même en cas de guérison. Le doute qui suit, la normalité a-t-elle seulement existé ?, traduit le sentiment que tous les repères ont été bouleversés.
It’s been years of hoping, and I keep saying it because ’cause I have to
« Ça fait des années que j’espère, et je continue de le dire parce que je le dois. » Elle continuera à dire qu’il y a de l’espoir, non par choix véritable, mais parce que l’alternative, le désespoir, semble impensable à envisager.
Conclusion
C’est une chanson bouleversante. Il n’y a finalement pas grand-chose à ajouter : elle résume quelque chose d’universel, la souffrance de l’impuissance face à la détresse physique ou psychique d’un proche, et pas n’importe quel proche, une mère.
Cette chanson met aussi en lumière une réalité souvent passée sous silence : la solitude et l’épuisement de celles et ceux qui accompagnent un proche malade, pris entre le besoin de rester forts et le droit, eux aussi, d’être bouleversés.
Si ce sujet résonne personnellement, il peut être utile de se rappeler qu’il existe des ressources et des personnes formées pour accompagner les proches aidants, et que demander du soutien n’est jamais un aveu de faiblesse.
Traduction
Les boutons de mon manteau s’accrochaient à mes cheveux,
Sous les néons blafards du cabinet médical, je n’ai pas osé te dire que j’avais peur.
C’était la première fois qu’on se trouvait là.
Sainte fiole orange, chaque nuit, je te prie,
Les désespérés trouvent la foi, alors maintenant, je prie aussi Jésus.
Et je te dis :
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, tu iras mieux bientôt,
Parce qu’il le faut.
Je reconnais l’illusion quand je la croise dans le miroir.
Tu apprécies les infirmières aimables, tu prends le meilleur d’une mauvaise situation,
Et moi, je fais semblant que tout ça n’est pas réel.
Je repeindrai la cuisine en néon, j’éclairerai le ciel,
Je sais que je ne comprendrai jamais, mais pas un jour ne passera sans que j’essaie.
Et je te dis :
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, tu iras mieux bientôt,
Parce qu’il le faut.
Et je déteste tout ramener à moi,
Mais à qui suis-je censée parler ?
Qu’est-ce que je suis censée faire,
S’il n’y a plus toi ?
Tout ça ne reviendra pas à la normale, si tant est que ça l’ait jamais été.
Des années d’espoir, et je continue de le dire,
Parce que je dois y croire.
Ooh-ah, tu iras mieux.
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, tu iras mieux bientôt.
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, bientôt, tu iras mieux.
Ooh-ah, tu iras mieux bientôt,
Parce qu’il le faut.
Sources et ressources
Pour aller plus loin
- Le chemin des aidants, un podcast de l’Oncopole de Toulouse dédié à celles et ceux qui accompagnent un proche malade.
- C’est pour un ami, un podcast qui aborde sans filtre les questions liées au cancer, du point de vue des patients.
- Engagés, les patients en action, un podcast sur les patients acteurs de leur propre santé.
